Des chiffres ou des lettres?

Des chiffres ou des lettres?

Vous êtes où, vous, de quel côté ? Dans les 49,6% ou dans les 50,4% ? Enfin, si vous êtes en Suisse, il vous faut bien être dans ces pourcentages d’hommes ou de femmes recensés par l’Office fédéral de la statistique.

L’un(e) ou l’autre ; le choix est limité, quoiqu’aujourd’hui… Enfin, quoiqu’on soit, on n’arrêtera pas d’être pourcentés. On sort des élections communales, donc d’une pluie de pourcent. Elle a eu tant, il a eu tant. Mais ça veut dire quoi ces chiffres ? Prenez, par exemple, pour ne pas être trop local, le résultat de Pierre Maudet l’autre jour, et suivez mon raisonnement.

Le «Quotidien suisse de référence» affirme dans son éditorial du lendemain que le candidat a obtenu «l’appui de 34% de la population genevoise». Or, il ne s’agit que de 34 844 voix de votants, alors que la population du Canton est de 506 765. Il n’a donc eu que 7,27% d’appui de la population… Et pourquoi n’avoir pas plutôt dit que 66% avaient refusé son appui ? Ce qui veut dire la même chose… mais n’est pas la même chose.

Prenez encore la manchette du Matin-Dimanche il y a peu : «18% des Suisses en dépression.» On compte aussi les enfants ? Les étrangers, les migrants, les réfugiés ? On a interrogé tous les médecins ? On a fait un sondage du genre «Êtes-vous dépressif ?»

Il faut se méfier des pourcent…et des sondages, et se poser de bonnes questions: qui paie et qui fait le sondage ? Pourquoi (chercher la cause) ? Pour quoi (chercher le but)? Comment la question est-elle formulée ? Comment le sondé l’a-t-il comprise et peut-il répondre? Et puis comment comprendre la réponse, comment la classer et qu’en faire ?
Alors quand on vous dit que 27% des couples en Suisse en 2019 se sont formés sur Internet…

Les pourcent, les chiffres… on nous en abreuve, surtout en ces temps de pandémie: 2250 contaminations ce jour, et 109 hospitalisations; 23,3 décès par jour cette semaine (il doit y en avoir un qui n’est pas complètement mort). Litanie comptable quotidienne, qui fait danser les 1 et les 0, les pourcent et les pour cent mille. Comme si tout n’était qu’addition de numéros, pour qu’on ne pense pas à ce qui est derrière : une grimace ou un sourire, un clin d’œil ou une main tendue, un visage, un être humain, une personne, quoi ; qui crie, qui attend, qui aime, qui vit.
Peut-être qu’on se laisse attraper l’attention parce qu’on nous a trop bien appris les quatre opérations et seriné les livrets; mais ne nous laissons pas aveugler par les chiffres. Ils ne sont venus que le jour où l’homme s’est mis à compter ses sous.

La vérité est dans les mots, pas dans les chiffres. Alors osons faire sortir de leurs remises et de leurs greniers ces mots étranges et désuets, beaux comme des fleurs oubliées: courage, gloire, salut, héroïsme, bravoure, fougue, humilité, force, honneur, pour qu’ils résonnent encore avant d’être interdits par la langue (anglaise) des managers.
Dans la vieille langue de la bible, l’hébreu, pour «fabriquer» un nombre, on ne peut que puiser dans l’alphabet, chaque lettre ayant ainsi une valeur numérique. Les lettres avant les chiffres, question de priorité…

J’aime que l’Évangile débute en proclamant: «Au commencement était la Parole». Et Pâques vient de nous rappeler que c’est une Parole de Vie.

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