Le mystérieux millionnaire blanchi

Le mystérieux millionnaire blanchi

Le résident de Morges Enrique Rais nous avait accordé un entretien fin 2017. Photo: Bovy

L’homme d’affaires Enrique Rais a été disculpé par la justice vaudoise. Il avait fui en 2017 le Salvador pour s’installer à Morges.

«Je dévoilerai la vérité au grand jour.» Dans notre édition du 22 décembre 2017, nous vous proposions le témoignage exclusif d’Enrique Rais, un mystérieux homme d’affaires helvético-salvadorien en fuite. Quelques mois plus tôt, ce multimillionnaire avait quitté clandestinement son pays natal d’Amérique centrale par peur d’être emprisonné et s’était envolé vers sa deuxième patrie, la Suisse, où il possède notamment un appartement à Morges.

Et son arrivée n’était pas passée inaperçue, bien au contraire. Accusé de corruption au Salvador et soupçonné de trafic de drogue aux États-Unis… il n’avait pas fallu longtemps avant qu’il ne fasse les gros titres de la presse helvétique et ne soit dans le collimateur de la justice vaudoise, le Ministère public décidant de l’ouverture d’une instruction pénale pour blanchiment d’argent. Face à ces multiples accusations, Enrique Rais, rencontré dans les bureaux nyonnais de son avocat Marc Cheseaux, clamait son innocence et insistait sur le fait que son casier judiciaire demeurait vierge.

Enrique Rais a été entendu durant plus de neuf heures par le Ministère public central. Contestant toute activité condamnable, que ce soit en Suisse ou au Salvador, l’intéressé a fourni des explications plausibles sur l’ensemble des opérations sujettes à caution

Anton Rüsch, procureur vaudois

Un peu plus de trois ans ont passé depuis et les récents rebondissements dans cette affaire tendent à corroborer ses dires. En date du 21 avril, le procureur vaudois Anton Rüsch a en effet décidé de classer la procédure pénale. Ce dernier indique que «les investigations n’ont pas permis de confirmer les soupçons initiaux» de deux banques helvétiques liés à des versements de fonds de provenance délictueuse. «Enrique Rais a été entendu durant plus de neuf heures par le Ministère public central. Contestant toute activité condamnable, que ce soit en Suisse ou au Salvador, l’intéressé a fourni des explications plausibles sur l’ensemble des opérations sujettes à caution», peut-on notamment lire dans l’ordonnance rendue par le magistrat.

«La vérité éclate»

Contacté par visioconférence, Enrique Rais se dit heureux de voir «la vérité éclater au grand jour». «C’est très important pour moi de démontrer à la population suisse et aux banques que je ne suis pas coupable de ce dont on m’a accusé», confie-t-il depuis son chalet de Leysin.

Sous la plume du procureur, on apprend également que des hommes d’affaires canadiens, à qui il a acheté la société de traitement des déchets grâce à laquelle il a fait fortune, l’ont dénoncé en 2017 au Ministère public vaudois. Ceci en raison d’actes présumés de «vol, fraude et blanchiment d’argent» perpétrés en Suisse et en Amérique centrale, mais aussi pour des «faits de corruption de fonctionnaires» dans son pays natal. Se saisissant de l’affaire, le Ministère public de la Confédération a cependant refusé d’emblée d’entrer en matière. Il a estimé que les pièces produites ne présentaient qu’une faible valeur probante et que les indices étaient insuffisants pour rendre vraisemblable la commission d’infractions graves et répétées.

Reste le Salvador

Si le multimillionnaire semble tiré d’affaire en Suisse – et aux États-Unis où le shérif a abandonné l’enquête –, ce n’est pas le cas au Salvador. Le businessman a saisi le Groupe de travail sur la détention arbitraire du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme pour dénoncer le traitement qu’il y a subi. L’organe onusien a émis une opinion établissant le «caractère arbitraire» de la brève privation de liberté écopée par Enrique Rais en août 2016, peu avant son exil. Il est notamment reproché aux autorités de ne pas avoir présenté de mandat au moment de l’arrestation ou encore de lui avoir imposé des périodes d’isolement au cours desquelles il n’a pas eu accès à son avocat. Le Groupe de travail a estimé que la détention contrevenait à la Déclaration universelle des droits de l’homme et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Les allégations ont été transmises au gouvernement du Salvador, qui n’y a pas répondu dans les délais.

Je suis victime d’un complot qui mêle mon principal concurrent au Salvador, l’ex-procureur général, ainsi que d’anciens associés

Enrique Rais

Selon l’homme d’affaires, la proclamation de son innocence dans son pays natal ne serait qu’une question de temps: «Je suis victime d’un complot qui mêle mon principal concurrent au Salvador, l’ex-procureur général, ainsi que d’anciens associés. Ils ont pour objectif de couler mon entreprise. Ils ont fabriqué de fausses preuves et usé de campagnes médiatiques diffamatoires pour me faire tomber. Mais ils n’ont pas réussi, car ma société a plus de parts de marché qu’auparavant et que je suis en train de démontrer mon innocence. Cela ne devrait plus tarder. L’Assemblée législative a révoqué il y a quelques jours plusieurs magistrats de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, dont un qui avait à l’époque autorisé ma détention. Dès que les mandats d’arrêt seront levés, je m’y rendrai pour assister à mon procès et définitivement laver mon nom.»

Qui est Enrique Rais?

Né en 1952 au Salvador, Enrique Rais possède la nationalité helvétique de par son père. Après avoir grandi en Amérique centrale, il suit une formation supérieure à la Faculté des Hautes études commerciales de l’Université de Lausanne. Il repart ensuite dans son pays natal où il fait fortune dans la gestion des déchets. Au Salvador, il connaît plusieurs démêlés avec la justice, mais n’est jamais condamné. Ce qui ne l’empêche pas de passer en 2001 une année en détention provisoire durant laquelle il est contraint d’«acheter la sécurité de la prison». Il garde tout au long de sa vie un lien avec la Suisse, où il possède un appartement à Morges et un chalet à Leysin.

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