Le monde à ma porte – 10 septembre 2021 | Journal de Morges
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Le monde à ma porte – 10 septembre 2021

Le monde à ma porte – 10 septembre 2021

Parfois, on croise quelqu’un dans la rue, on se dit tiens je le connais, je la connais, mais d’où, de quand, de quelle histoire s’agit-il? Parfois tout revient, parfois rien, et il arrive qu’on se soit trompé, qu’on oublie. L’autre jour, je me trouvais au bord du lac, et j’avais la vue sur un de ces beaux jardins de maisons anciennes et bourgeoises, qui sont à leur manière, bien que ce ne soit pas leur vocation première, des réserves précieuses où des arbres, des murs, des ombres, des fouillis, des buissons, des recoins secrets, ne bougent pas au fil du temps et accueillent ainsi toute une faune discrète.

Mon regard a vite été attiré par trois ou quatre petits oiseaux qui volaient un peu dans tous les sens, s’élevaient, battaient des ailes, retombaient joliment, se posaient sur un mur ou une rose fanée tout en haut d’un vieux rosier. Et ainsi de suite. Ils mettaient une vie magnifique dans ce jardin déserté par les humains, les volets fermés de la noble bâtisse signalant l’absence de tout être vivant. Chaises anciennes, bancs de pierre, pavillon donnant délabré directement sur le lac, escaliers qui laissent imaginer l’arrivée, jadis, de dames en robes élégantes à l’heure du thé, c’était vraiment romantique, sous la lumière presque automnale.

J’ai mis du temps pour identifier ces oiseaux, ces garnements, qui rappelaient à leur manière qu’en ce lieu, sans doute, il y eut des enfants qui piaillaient, jouaient au ballon, au cerceau, aux raquettes, ou se chamaillaient pour un biscuit ou un bout de ficelle. Ces oiseaux étaient des gobemouches noirs, et j’ai lu assez de choses savantes à ce sujet pour savoir qu’ils faisaient escale ici, sans doute en provenance de Scandinavie, en route migratoire vers l’Afrique.

Mais j’en ai regardé un particulièrement. Je l’ai reconnu. Il avait beau avoir changé de plumage, et revêtu son manteau gris à la place de son habit de mariage, noir et blanc, printanier, un genre de smoking classe que Belmondo portait fort bien lui aussi. Il m’est arrivé de ne pas retrouver dans ma mémoire qui était un passant ou une passante, sur un trottoir, mais là j’en suis sûr, c’était mon gobemouche du printemps, qui avait eu la gentillesse de poser pour moi et mon appareil photo sur un arbre dont les feuilles ne le cachaient pas.

Vous pensez que je me fais un film, comme on dit, que je m’invente une histoire? Peut-être, mais peut-être pas. Si mon gobemouche printanier, dont voici la photographie, ne s’est pas fait dévorer par un épervier, ou n’est pas mort épuisé, il est bien quelque part. Moi, je dis que c’est lui, c’est le mien, c’est mon copain. Et quand il reviendra en avril, oui, nous nous reconnaîtrons. Il aura encore changé d’habit, et dans son œil, une petite lueur d’amitié me sera destinée. Je vous laisse, je viens de regarder par ma fenêtre, un monsieur est passé sur le trottoir, je le connais, j’en suis sûr, mais qui est-ce, bon sang?

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