Au coeur de nos forêts

Au coeur de nos forêts

Les forêts, un patrimoine qui coûte

Elles représentent un tiers de la surface du territoire suisse. Pourtant, les forêts coûtent cher, le marché du bois est en difficulté, ses travailleurs mal reconnus et les perspectives de valorisation n’en sont qu’à leurs balbutiements.

«Aujourd’hui, une forêt c’est un peu comme un château ou une église.» Pierre-Yves Morel, municipal des forêts de Montricher ne se voile pas la face. Il le sait, son dicastère est abonné aux chiffres rouges. «Notre dernier exercice bénéficiaire remonte à 1988, avec 2466 francs. Depuis, nous sommes déficitaires. Actuellement, ça tourne autour des 200 000 francs de perte chaque année, c’est compliqué.» Une chute vertigineuse qui s’explique assez facilement. «Le marché du bois est catastrophique, explique le municipal montélet. Il est donc compliqué de tirer son épingle du jeu.» Un avis confirmé par son homologue de Bière, Jean-Daniel Bertholet. «Avec ce prix qui baisse constamment, nous devons remettre annuellement entre 150 et 250 000 francs dans le compte forêts.»

Loin des 1495 hectares (ha) de Montricher et des 1200 ha de Bière, Pampigny et ses 300 ha de forêt connaît cependant les mêmes difficultés financières. La municipale en charge, Ruth Müller, relève un autre point onéreux. «Ici, l’exploitation du bois est bénéficiaire, mais ce qui coûte ce sont les charges qui sont liées à l’entretien de la forêt. Par exemple à cause des travaux à effectuer sur les chemins ou aux alentours des refuges.» Une problématique accentuée à Bière. «Nous sommes dans le massif du Jura, précise Jean-Daniel Bertholet, ce qui signifie que nous devons gérer des forêts dans une forte pente, impliquant des machines spéciales, qui ont évidemment un coût supplémentaire.»

Heureusement, les communes forestières peuvent compter sur la péréquation cantonale pour limiter les dégâts. «Grâce à ça, on réduit notre déficit de 50%, assure Pierre-Yves Morel. Mais ça ne suffit pas à revenir dans les chiffres noirs. Idéalement, il faudrait que la Confédération nous donne un petit quelque chose aussi.»

Économies difficiles

Car il est compliqué de réduire les budgets dans le dicastère des forêts. «À Pampigny, nous n’avons plus d’équipe forestière, faute de moyens financiers, déplore Ruth Müller. Notre garde forestier s’occupe de la gestion globale, mais notre commune n’est pas son seul secteur. Pour les travaux, nous devons faire appel à des entreprises externes.»

Cas de figure différent à Bière et Montricher, qui possèdent leur propre service forestier. «C’est clair que si on voulait faire des économies, il faudrait tout mécaniser et se passer de nos employés, détaille Pierre-Yves Morel. Mais ça n’est pas notre politique. Au-delà du côté humain qui est évidemment essentiel, nos bûcherons aident également au bon fonctionnement de la commune. Par exemple, l’hiver, ils donnent un coup de main pour déneiger. Ce sont des forces importantes et il est hors de question de réduire les frais sur cet aspect.»

S’adapter au revers

Alors qu’à l’époque, les forêts rapportaient énormément aux communes propriétaires, aujourd’hui, difficile d’envisager un retour dans le vert. «C’est acquis que ce dicastère est voué au déficit, regrette Ruth Müller. Pourtant, il est hors de question d’arrêter de s’en occuper, même si on ne fait pas d’argent.» La municipale pampignolaise affirme d’ailleurs posséder «le plus beau dicastère».

Pour le municipal birolan, il ne faut pas oublier le riche passé. «À l’époque, les communes forestières ne payaient pratiquement pas d’impôts, tant le bois était rentable. Aujourd’hui, ça n’est plus le cas, mais on ne peut pas ne rien donner quand on a beaucoup et réclamer lorsque l’on n’a plus rien. C’est le prix du bois qui fait tout et on ne peut que s’y adapter au mieux.» Mais pas question de baisser les bras pour autant. «Il faut serrer les dents, reconnaît Pierre-Yves Morel. Je pars du principe que ça va repartir comme il y a 35-40 ans. Et ce jour-là, on sera content d’avoir continué à prendre soin des forêts. On investit sur l’avenir».

La position des communes, conscientes des difficultés, mais confiantes dans le futur de leurs forêts, est un peu à l’image du milieu. Marché du bois, état des forêts, conditions de travail, valorisation du bois suisse… à travers cette enquête nous vous proposons une immersion au cœur des bois. Pour prendre conscience de l’état de cette nature essentielle, sur le pas de notre porte.

Un lieu social

Si les communes tiennent tant à leurs forêts malgré tout, c’est aussi parce qu’elles sont un espace social non négligeable. «Tout le monde va s’y promener, assure Ruth Müller. À pied, à cheval, à vélo, c’est un véritable lieu de vie et de rencontres auquel tous les habitants sont attachés.» Il existe toutefois un petit bémol. «Avec le temps, les gens n’ont plus forcément conscience que les forêts ont un propriétaire et qu’il est responsable de les entretenir, relève Pierre-Yves Morel. On pense que c’est un lieu de nature, qu’il nous appartient à tous et que l’on y est libre. Du coup, certains ne prêtent pas attention aux travaux, aux routes fermées et accusent même parfois les bûcherons de détruire la forêt. C’est devenu un parc d’attractions et les personnes s’y croient chez elles. C’est parfois dangereux.»

Une richesse qui dépasse l’argent

Si l’exploitation du bois n’est pas bénéfique, les forêts ont d’autres atouts.

Dans le canton de Vaud, 73% des forêts sont la propriété des communes et de l’État. Le reste appartient à des privés. Les aires forestières sont régies au niveau national grâce à une Loi fédérale qui prône la gestion durable. Cette dernière a pour but d’assurer la conservation des forêts dans leur étendue et leur répartition géographique, de les sauvegarder en tant que milieu naturel, de garantir qu’elles puissent remplir leurs fonctions (protectrice, sociale) ainsi que de maintenir et promouvoir l’économie qui s’y rapporte.
Au niveau vaudois, c’est l’inspecteur cantonal des forêts, Jean-François Métraux, qui est responsable d’accompagner la mise en pratique de cette législation. «Je suis chargé de conduire le corps forestier et d’appliquer la politique du Conseil d’État en la matière», explique-t-il. Notamment en ce qui concerne la conservation de l’aire forestière. «Les communes n’ont pas de compétences à ce niveau-là, poursuit-il. C’est donc l’État de Vaud qui règle les questions liées aux défrichements. Il fixe également les «possibilités de coupe», soit le volume de bois que chaque propriétaire public a le droit de récolter pour favoriser le renouvellement des essences. Mais pour le reste, les communes sont le véritable fer de lance de l’économie forestière vaudoise. La gestion des forêts et notamment du bois est sous leur responsabilité.»

Cette collaboration canton-commune se passe bien à en croire l’inspecteur: «Il y a une proximité du service avec les autorités municipales sur le terrain. Ça contribue à la bonne entente. Cependant, il faut tout de même parfois jouer le rôle de «police» qui est le nôtre.» Pour autant, Jean-François Métraux est conscient des difficultés financières que rencontrent les communes. «Une forêt coûte plus cher que les revenus liés à la vente de bois, c’est sûr. Mais elle possède des prestations beaucoup plus importantes qui ne sont pas monétisées. Lorsqu’une forêt protège une voie de chemin de fer des glissements de terrain ou des chutes de pierres, on ne peut pas chiffrer les dégâts qu’elle empêche.» L’inspecteur relève aussi un autre aspect essentiel de nos bois. «C’est le plus grand fitness du canton! Les gens viennent se promener, courir, monter à cheval. On ne leur fait pas payer l’entrée. Il ne faut pas oublier toutes ces notions qui font que la forêt est une richesse qui dépasse la dimension financière.»

Et le représentant cantonal de relever tout de même: «Des subventions existent, notamment pour la préservation de la biodiversité par les réserves forestières, les soins à la jeune forêt et les mesures de réparation en cas de catastrophes. Cela ne suffit néanmoins pas, il faut reconnaître que ce milieu a besoin de financement complémentaire. Mais ça n’est pas forcément définitif. Les discussions actuelles sur le climat et les réflexions qui en découlent pourraient, d’ici une dizaine d’années, aider à retrouver un prix du bois concurrentiel par rapport à d’autres matériaux.»

Le marché du bois cherche son salut

Dans un contexte économique de libre-marché,  les acteurs du secteur forestier suisse peinent à trouver des solutions pour relever la tête et le prix de leur matière première.

Toutes les personnes rencontrées dans le cadre de cette enquête sont unanimes: le marché va mal, le prix du bois est trop bas. La Forestière, principale société coopérative de propriétaires et exploitants forestiers basée à Echandens, possède une fonction d’organisatrice de ce marché. Son directeur Didier Wuarchoz explique: «On ne peut que faire un constat d’impuissance, car le prix des sciages (ndlr: produits qui sortent des scieries) ne se détermine pas en Suisse. La valeur est donnée par des produits d’importation qui rentrent librement dans notre pays.»

Allemagne au top

L’offre et la demande locales n’ont donc que peu d’influence sur le prix d’une matière que les Suisses consomment essentiellement en provenance de l’étranger. «Plus de la moitié du bois utilisé dans notre pays est importé, poursuit Didier Wuarchoz. Ça nous donne tout de suite la tendance. Notre marge de manœuvre est très limitée.» Notamment par l’Allemagne, poids lourd du domaine. «Pour bien se rendre compte de l’importance de ce pays, il faut vous dire qu’il est le second fournisseur de bois des États-Unis», précise le directeur de La Forestière.
Ce constat impressionnant est en fait une bonne chose pour le marché européen. «Lors de la crise des subprimes en 2008, le lien USA-Europe s’est brusquement arrêté, alors que cinq millions de mètres cubes de bois passaient annuellement l’Atlantique auparavant. Depuis quelques années, ce lien a repris et c’est positif car il contribue à soutenir le prix des sciages en Europe. Ce qui nous pénalise du point de vue Suisse aujourd’hui, c’est le taux de change de l’euro. Mais ça, personne n’y peut rien, ça nous dépasse.»

En plus des difficultés «classiques», le commerce du bois a dû faire face à quelques situations extraordinaires. Notamment la tempête Eléanor en janvier 2018 qui a fait énormément de dégâts. Des arbres arrachés et vendus moins cher ont alors inondé le marché. Rebelote l’automne dernier avec des tornades européennes (en France et en Italie notamment) qui ont, elles aussi créé la surcharge dans le milieu.

On ne peut que faire un constat d’impuissance, car le prix des sciages ne se détermine pas en Suisse. La valeur est donnée par des produits d’importation qui rentrent librement dans notre pays

Didier Wuarchoz, directeur de La Forestière

Bois-énergie

Pourtant, au milieu de ces difficultés, La Forestière entrevoit tout de même des raisons de se réjouir pour les propriétaires forestiers. «Malgré les chiffres rouges auxquels ils sont confrontés, la vente de bois reste leur source principale de revenu.» Et notamment grâce à l’essor du bois-énergie. «C’est le côté positif actuellement. À mon avis, ce secteur se développe grâce au virage énergétique, détaille Didier Wuarchoz. Si cette matière est bien utilisée, c’est une énergie propre. Et ce secteur amène un nouveau souffle commercial.» Bûches, plaquettes, pellets, briquettes, des alternatives au gaz ou au mazout qui sont de plus en plus prisées par les citoyens suisses. «Nous avons passé les 10% d’énergie thermique fournie par le bois, souligne Didier Wuarchoz. Mais la ressource est limitée. La loi protège très bien les forêts et nous avons un potentiel de bois-énergie que nous ne pouvons pas dépasser.»

La récolte de ce type est ainsi complémentaire au bois de service (ndlr: qui est utilisé par les scieries) qui sert notamment à la construction. «Nous avons beaucoup d’espoir dans ce domaine qui est en plein essor, relève le directeur de La Forestière. Mais il serait difficile de s’en sortir par la seule vente du bois de service avec les prix actuels car il coûte plus cher à exploiter et à cultiver. Il est donc important de maintenir plusieurs types de produits. C’est en jouant sur plusieurs tableaux que nous gardons une marge de manœuvre sur ce marché compliqué à gérer.»

La filière bois régionale vaudoise

Les scieries en voie de disparition

Maillons indispensables dans la chaîne du bois indigène, les scieries suisses disparaissent les unes après les autres sous la pression de la concurrence étrangère.

La scierie Zahnd à Rueyres est bientôt une exception. L’entreprise familiale née en 1904 est désormais la scierie plus importante – et l’une des seules encore existantes – du canton de Vaud.
«Le ton est donné par le marché mondial et on le subit. S’adapter est difficile, ça demande beaucoup de réactivité, explique Thierry Zahnd, qui dirige l’entreprise avec ses deux frères. Et il est bien placé pour en parler. «Dès les années 80, on a commencé à exporter du bois. C’est en se rendant dans les pays étrangers qu’on a réalisé la nécessité de constamment réinvestir et se remettre en question.»

Lorsque Thierry Zahnd arrive dans l’entreprise en 1983, celle-ci compte quatre collaborateurs et une surface de deux hectares, contre 45 collaborateurs pour 100 000 m3 de bois stockés sur neuf hectares en 2018. Indispensable pour survivre. «On est chaque année monté en volumes, ce qui implique de lourds investissements, mais aussi l’acquisition de surfaces supplémentaires.»

Espoir intact

Et dans un marché mondialisé, ces démarches sont bien plus faciles de l’autre côté des frontières. «Le prix des terrains, des infrastructures, du personnel, des charges sociales et de la matière première ne sont pas comparables, raconte le président de l’Industrie du bois suisse romande Gaspard Studer. De plus, les différentes régions politiques soutiennent le développement de l’industrie par des subventions souvent à fonds perdu jusqu’à hauteur de 50%, voire plus.»

Côté suisse, la scierie ne reçoit rien, au contraire comme l’explique Gaspard Studer. «Pour trouver du terrain et s’agrandir, elle devra s’engouffrer dans un labyrinthe administratif qui peut durer plusieurs années.» La situation des frères Zahnd ne saurait mieux illustrer ce dernier aspect. «Une scierie autrichienne qu’on a visitée souhaitait agrandir sa surface de dix hectares, raconte Thierry. Ils ont mis six mois pour obtenir les parcelles et une année après, les usines tournaient. De notre côté, on a signé une promesse de vente avec des propriétaires pour acquérir sept hectares. Ça fait quatre ans et demi et on est toujours en discussions avec le canton. Il ne faut pas se voiler la face, cette lourdeur bureaucratique est une des raisons de la disparition de nos entreprises!»

Mais un vent d’espoir souffle pour le futur des scieries suisses selon Gaspard Studer. «L’industrie du bois jouera encore un rôle important à l’avenir, car la société prend lentement conscience que le tourisme commercial n’apporte rien de bon. Le label Bois Suisse contribue à l’essor des volumes de bois scié et fait partie de la solution d’une évolution stable voire positive de l’industrie.»

Visite de la scierie Zahnd

L’usage de machines réglementé

Plus productives que l’être humain, les machines ont investi les forêts suisses depuis quelques décennies. Leur impact est encadré par des lois strictes.

De nouveaux êtres un peu particuliers se sont intégrés ces dernières années au paysage forestier: les machines. Et dans un contexte de rationalisation de l’exploitation forestière, celles-ci sont de plus en plus grandes et lourdes. «La mécanisation ne nuit pas aux forêts tant qu’elle est utilisée de manière respectueuse, déclare René Amstutz, chef de projet à Pro Natura. Mais dans certaines circonstances, les machines lourdes travaillant sur sols détrempés, mouillés ou de portance insuffisante créent des ornières, portant atteinte à la fertilité et la stabilité des sols forestiers.»

Sols sensibles

Il faut savoir qu’une compaction des sols crée des conditions néfastes à la bonne croissance des plantes, et que les sols concernés ne se rétablissent quasiment jamais. D’autres nuisances existent en forêt selon René Amstutz. «Les besoins accrus en dessertes forestières pour des machines de plus en plus grandes créent des tranchées découpant les massifs forestiers, auxquelles s’ajoutent les blessures directes aux arbres et à la végétation sensibles, les dérangements à la faune par des travaux forestiers durant les périodes de mise bas ou d’élevage des jeunes.»

Le chef de projet tient tout de même à rassurer. «La législation sur la protection des sols et les nombreux instruments de protection de la forêt en Suisse offrent nombre de garde-fous, même s’ils n’empêchent malheureusement pas des cas isolés en contradictions avec ces textes.» Ce que rejoint Gil Loetscher, inspecteur des forêts à Cugy. «Des layons bien définis dans le terrain déterminent clairement le passage des machines, qui doivent s’y tenir. En outre, ces dernières ne peuvent pas être utilisées dans n’importe quelle condition météorologique, notamment lorsque les sols sont détrempés et que les risques deviennent inévitables. Cela fait plusieurs années que le personnel forestier, des ingénieurs aux travailleurs de terrain, est formé à la préservation de la forêt et aux risques occasionnés par l’engagement de machines lourdes. À ce jour en Suisse, on ne rencontre pas de problèmes majeurs liés à l’utilisation de celles-ci, comme cela peut être le cas à l’étranger.»

Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019
Janvier 2019

«Le métier doit encore s’ouvrir»

François Sandmeier va prendre la direction du centre de formation des forestiers-bûcherons vaudois. Il donne son regard sur les défis qui attendent le secteur.

Basé au Mont-sur-Lausanne, le centre de formation professionnelle forestière prodigue ses enseignements – notamment – à une centaine d’apprentis forestiers-bûcherons pour les cantons de Vaud et de Genève. «On est unique, car on forme autant au niveau théorique que pratique», déclare François Sandmeier, qui en sera le directeur dès début mars. Une particularité rendue possible par la masse critique d’élèves sur laquelle le centre peut compter. Mais cette masse connaît une stagnation, voire une diminution. «On espère que cette tendance ne s’accentue pas, car cela aurait des séquelles sur notre vivier, surtout concernant les formations supérieures», poursuit François Sandmeier.

Les métiers de la forêt n’intéressent-ils plus les jeunes? «Les causes de cette diminution sont multifactorielles, explique le directeur ad interim. Les études gymnasiales prennent souvent le pas sur les apprentissages techniques. D’autres filières où les jeunes peuvent être à l’extérieur sont aussi attractives, comme le paysagisme. À ce titre, Jardin Suisse est une association forte qui a su mobiliser les entreprises et obtenir de meilleures conditions de travail. Enfin, les fusions de communes et les regroupements de triages forestiers diminuent le nombre de places à pourvoir.»

Se réinventer

Face à ce constat, le défi est de taille pour les formateurs. Il faut se réinventer. «Le métier est passablement tourné vers la coupe de bois, et il faut qu’on parvienne à ouvrir les formations à des thématiques plus larges d’entretien de l’environnement forestier, analyse François Sandmeier. On doit habituer et faire envie à nos jeunes de ne pas seulement couper des arbres, mais aussi de sauvegarder des lisières pour protéger la faune.»

Ouvrir le champ d’activité dans un domaine plutôt conservateur, un défi qui prendra du temps. «Mais œuvrer pour la postérité est au cœur du métier, souligne le formateur. Nous travaillons les peuplements forestiers pour les 200 prochaines années et plus. Ceci pour les générations futures et ça, c’est beau !»

Les chiffres du bois

29 pourcents

du territoire vaudois est couvert de forêts (pour une aire forestière de 39%), ça représente 10% du total suisse.

1,26 million

c’est en hectares la surface de forêts en Suisse. Ce qui représente environ 1800m2 par habitant.

35 pourcents

des espèces vivant en Suisse (ce qui correspond à environ 26 000) sont tributaires de la forêt, qui abrite près de la moitié des espèces prioritaires au niveau national.

10 millions

de mètres cubes. C’est l’accroissement annuel des forêts suisses. Le potentiel commercialisable se monte à 8,2 millions de m3. Mais il est rare que la totalité soit ramassée. En 2016, seuls 4,46 millions de m3 ont été récoltés.

82'315 personnes

travaillent dans l’industrie du bois dans notre pays. Elles sont 91 516 lorsque l’on y ajoute la main-d’œuvre dans l’industrie de la cellulose et du papier.

585'000 hectares

des forêts suisses ont une vocation de protection contre de potentiels dangers naturels. C’est près de 50% de la totalité de la surface forestière du pays. L’écrasante majorité (90%) des zones protectrices sont réparties entre le Valais et le Tessin.

4 milliards

d’hectares de forêts et autres types de terres boisées sont recensés dans le monde. Les pays les plus boisés sont: la Russie (809 millions d’hectares), le Brésil (478 mio), le Canada (310 mio), les États-Unis (303 mio) et la Chine (197 mio).

7,3 millions

d’hectares de forêts ont disparu annuellement dans le monde à cause de la déforestation entre 2000 et 2005. C’est moins que durant les années 1990-2000 qui ont vu en moyenne 8,9 millions d’ha disparaitre chaque année.

Les forêts font face au défi climatique...

Le réchauffement climatique n’épargne personne, pas même la forêt qui risque de bien changer au cours du prochain siècle.

Spécialiste en la matière, l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) tire comme bien d’autres le signal d’alarme quant au réchauffement climatique: «La forêt suisse va vers un climat plus chaud et plus sec. Pour continuer à prospérer sur leurs sites actuels, les arbres devraient adapter leur patrimoine génétique à un climat qui évolue rapidement. Mais ce n’est guère possible en un temps aussi court, car une génération d’arbres s’étend sur une centaine d’années, voire davantage.»

Le contexte est posé et les réflexions vont déjà bon train dans le milieu forestier. «Le réchauffement va impacter nos peuplements, qui représentent plus d’un tiers du territoire cantonal, détaille Jean-François Métraux, inspecteur cantonal des forêts. La moitié de ces arbres, c’est de l’épicéa. Avec ce réchauffement, certains en altitude pourront survivre, en plaine non. Il faudra alors les remplacer par autre chose.»

Un sacré défi lorsque l’on sait que cette essence est le principal gagne-pain de l’économie forestière. «Dans un siècle, nous aurons le climat d’Yverdon à l’altitude de Sainte-Croix, poursuit l’inspecteur cantonal. Nous devons alors former le corps forestier. Nous regardons quelles essences sont résistantes à un climat plus chaud et plus sec et lesquelles il faut abandonner, car elles ne survivront pas sur le long terme.» Et Jean-François Métraux de poursuivre: «C’est un défi qui est partagé par tous les forestiers du centre de l’Europe. On travaille avec la recherche, mais on procède par tâtonnement, on s’adapte progressivement au fur et à mesure des recommandations scientifiques. Ça prendra tout le siècle, c’est notre principal défi.»
Une solution pourrait provenir du sapin. «Quasiment aucune des populations étudiées par l’équipe de chercheurs n’a adapté sa croissance au climat local, souligne le rapport du WSL. Cette essence devrait donc parfaitement résister à une évolution ultérieure du climat.»

… et au bostryche

Hantise de tous les acteurs du bois, le bostryche typographe s’attaque aux épicéas qu’il ravage. Focus sur ce coléoptère tant redouté.

«Le bois touché représente des dizaines de millions de mètres cubes dans toute l’Europe.» Le constat fait par le garde forestier du triage du Veyron Yann Bornand est implacable. Le bostryche, un insecte de 5 mm de long, est une véritable menace pour le bois et l’économie forestière. «Généralement, il y a deux périodes de reproduction – que l’on appelle des «vols» – par année, poursuit le garde forestier. Mais avec la sécheresse de l’année dernière, la forêt souffre, se défend moins bien et les bostryches, qui profitent de la faiblesse des arbres, se régalent. Ils ont pu faire un troisième vol en septembre dernier, il y aura donc une génération supplémentaire qui sévira en 2019.»

Les mâles, après avoir foré un couloir d’entrée, aménagent une chambre nuptiale, où se déroulera l’accouplement. Les femelles creusent ensuite des galeries maternelles le long du tronc et y pondent leurs œufs. Ces galeries et celles creusées plus tard par les larves pour se nourrir forment le réseau typique de cette espèce. Qui attaque essentiellement les épicéas. «Comme de plus en plus de bois sont touchés, on doit les évacuer au plus vite vers les scieries pour éviter que les insectes pullulent et attaquent davantage d’arbres. On se retrouve alors avec un surplus sur le marché», explique Yann Bornand.

Si un arbre bostryché ne perd pas en qualité technique et physique, sa sève arrête de circuler. On dit alors qu’il «sèche sur pied» et prend une couleur bleue qui n’intéresse pas les acheteurs et influe à la baisse sur le prix du bois.

Actuellement, il n’y a pas de solution miracle pour lutter contre l’insecte ravageur. «On essaie de favoriser les forêts mélangées et d’éviter la monoculture, poursuit le garde forestier. Comme il n’attaque pas toutes les espèces, la forêt serait mieux protégée. Mais c’est un changement qui demande du temps. D’ici là, il faut rester attentif et réagir du mieux possible au fur et à mesure.»

Le rêve de construire en bois suisse

Le bois comme matériau de construction a regagné ses lettres de noblesse au fil des dernières années. Reste à l’exploiter dans notre propre pays. Une tendance qui va en s’accentuant dans la région.

On l’a constaté, le marché n’est pas tout rose. Pourtant, certains croient au bois et œuvrent à sa promotion. C’est ainsi qu’en 2012, huit acteurs regroupant organismes régionaux (l’association de la Région Cossonay-Aubonne-Morges, des communes du district de Nyon, de la Vallée de Joux et du Nord vaudois) et organisations professionnelles (Fédération vaudoise des entrepreneurs, La Forestière, Lignum vaud et la chambre des bois de l’Ouest vaudois) s’unissent dans le but de promouvoir la filière bois régionale. «Nous avons lancé un programme qui a pour but de valoriser toutes les étapes de récolte, de production et de transformation dans la région, explique Christiane Maillefer, coordinatrice du projet (en photo). Nous voulons avoir une filière qui fonctionne et qui permette à des constructions en bois suisse de voir le jour.»

Une ambition qui a besoin de chaque acteur du domaine. «Nous considérons cette filière comme une chaîne dont chaque maillon est essentiel, poursuit Christiane Maillefer. De la forêt à la transformation et la construction en passant par la scierie, tout doit bien fonctionner.»

 Nous considérons la filière comme une chaîne dont chaque maillon est essentiel. De la forêt à la construction, tout doit bien fonctionner

Christiane Maillefer, coordinatrice de la promotion de la filière bois régionale

Communiquer

Actrices incontournables de la filière, les communes sont les premières «cibles» de ce programme de promotion. «Nous avons une volonté de valoriser le bois en tant que ressource. Les autorités communales sont non seulement propriétaires, mais également maîtres d’ouvrage. Elles ont donc un rôle d’exemplarité et nous les sensibilisons et les informons pour qu’elles envisagent toujours davantage la possibilité de construire en bois suisse.»

Et autant dire que ce matériau doit faire face à de nombreux a priori. À commencer par le prix. «Si l’on compare 1 m3 de chez nous avec 1 m3 étranger, il y a probablement une différence. Cependant, c’est sur la matière brute. Il faut tenir compte du travail. Une fois l’ouvrage fini, l’écart est marginal.» Mais Christiane Maillefer de mettre en garde: «La démarche d’utiliser du bois local doit venir tout au départ d’un projet. Ainsi, on adapte le système constructif en fonction et cela rend le matériau compétitif.»

Deuxième réputation à la peau dure: l’inflammabilité. «Pendant longtemps, cette matière a été bannie de la construction, explique Daniel Ingold, directeur de l’office romand de Lignum. On avait peur à cause de la protection incendie. Nous avons dû démontrer que le bois n’est pas plus dangereux que les autres matériaux et qu’il pouvait être considéré comme une concurrence égale. Aujourd’hui, on lui a redonné sa place.»

Pour autant, une construction en bois ne signifie pas nécessairement que ce soit visible de l’extérieur. «Ce matériau est parfaitement adapté en structure, il ne faut pas l’oublier, précise Christiane Maillefer. On peut ensuite le recouvrir de crépi, de panneau solaire, et de bois bien sûr.» Sans compter que la matière peut répondre à des nécessités actuelles. «On parle beaucoup de densification, c’est une chance pour cela, détaille Christiane Maillefer. C’est plus léger que le béton, ainsi pour surélever des bâtiments, c’est le matériau idéal.»

Créer des édifices en bois a ses avantages, mais est-ce la solution pour relancer le marché et redonner de la valeur à cette matière dont nous ne manquons pas? «Utiliser le bois suisse dans la construction renforce toute la filière, c’est certain, relève la coordinatrice du programme de promotion. Le marché reste cependant dépendant de l’offre et de la demande, il est donc essentiel de soutenir les acteurs et de mettre en place des conditions cadres favorables au développement des systèmes constructifs et des entreprises.»

Certifié bois suisse

Et afin d’encourager l’utilisation du bois de nos forêts, Lignum a lancé il y a dix ans maintenant le label COBS (Certificat d’origine bois suisse). «Il s’applique tout au long de la filière: de l’entreprise forestière au détaillant en passant par la scierie et la menuiserie, explique Daniel Ingold. Pour l’obtenir, il faut que 80% de la matière soit suisse. Un critère qui descend à 60% pour les pellets, panneaux de particules et de fibres de bois.» Dans le district, plusieurs constructions ont reçu ce label (voir ci-dessus).

Récemment, c’est le collège de Denens qui a été primé. «Nous devons reconnaître que le bois n’était pas une priorité à l’origine, a admis Thierry Gilgen, municipal du village, lors de la remise du certificat COBS. Nous voulions d’abord respecter toutes les normes cantonales. Mais en réfléchissant, il s’est avéré que le meilleur projet était celui qui comportait le plus de ce matériau. Dès lors, il était évident que nous désirions du bois suisse.»

Et l’architecte de la réalisation Pascal de Benoit de conclure: «Il faut surtout travailler avec des ingénieurs qui aiment et maîtrisent la matière. Mais c’est porteur de construire en bois. Cela permet de faire des choses très intéressantes.»

Emblème pour le climat

Alors que les actions de lutte contre le réchauffement climatique ne cessent de faire la Une des médias, un moyen semble se trouver juste sous notre nez. «Le bois est sans aucun doute une partie de la solution pour combattre le réchauffement climatique, affirme Christiane Maillefer. C’est la seule ressource naturelle renouvelable de construction en Suisse. Je pense et j’espère que nous allons être amenés à utiliser davantage de bois dans ce domaine, car c’est un matériau idéal. Si une région ou un canton se dote d’une stratégie énergétique, il faut prendre le bois en compte.» Et la coordinatrice du programme de promotion de la filière régionale de poursuivre: «Il y a aussi une prise de conscience au niveau de la population pour consommer local et qui pourrait la pousser à davantage se tourner vers le bois suisse.»

Le bûcheron, cette espèce en danger

Au bout de la chaîne du bois se trouvent les forestiers-bûcherons. Entre le travail qui est risqué, des salaires bas et un statut social peu considéré, ce métier de passionnés doit évoluer pour survivre.

«Si tu n’es pas passionné, tu arrêtes vite. Les conditions de travail ne sont pas bonnes. Tu ne pars pas en vacances, tu ne vas pas au restaurant. Tu as de quoi habiter et manger. Sans parler des risques du métier.» Les propos de Simon, forestier-bûcheron basé dans un village du pied du Jura, ne donnent pas franchement envie d’embrasser sa profession.
Ils sont révélateurs de la précarité et du danger présents dans le secteur. Yann Hautier est bien placé pour parler de ce dernier point. Le forestier-bûcheron de Juriens n’a beau avoir que 23 ans, il a déjà vécu deux graves accidents du travail. Le premier survient alors qu’il est en deuxième année d’apprentissage. « Je coupais un tronc sec que je n’arrivais pas à assainir. À un moment donné, j’ai touché le bout du plateau et la tronçonneuse m’est revenue dans le visage.»

Le jeune homme, en état de choc, ne comprend pas ce qui lui arrive et tente de rabaisser sa visière, éjectée sur le coup. «J’avais du sang partout, je pouvais toucher mes dents à travers ma joue, se souvient Yann Hautier. Je me suis ouvert du bas du menton jusqu’à moins d’un centimètre de l’œil gauche, et encore un peu plus haut sur la paupière.» Après une opération au CHUV, il s’en sort avec l’œil intact et sans séquelles, sinon une balafre de 36 points de suture. «Les risques du métier», dans une profession où les accidents sont légion. Un bûcheron sur trois est accidenté chaque année, tandis que chez les apprentis le ratio grimpe à un sur deux.

Et au-delà de ça, le forestier-bûcheron connaît une usure physique précoce. «Ceux qui exercent encore à plus de 50 ans, ça n’existe presque plus. Regardez-moi: j’en ai 27 et j’ai déjà des problèmes de dos», soutient Sébastien Faillétaz, qui travaille avec ses deux frères pour leur compte, à Montricher.

Pression étrangère

Économiquement, la vie est rude pour les petits entrepreneurs forestiers. «Pour vous donner une idée, nos prix sont les mêmes qu’il y a une quinzaine d’années, poursuit Jeremy, l’aîné. C’est très difficile de les faire augmenter.» En effet, les revenus du secteur sont directement liés au prix du bois, qui stagne. «On ne peut pas régater avec la concurrence du bois étranger, observe Yannick Faillétaz. On parle de pays où la forêt est exploitée de manière intensive et irrespectueuse, et où la main-d’œuvre est bon marché. En Suisse, on a le souci de préserver les forêts. Nous revenons naturellement plus chers.»

Et si le soin de l’écosystème est davantage pris en compte à l’intérieur de nos frontières, le rôle des travailleurs de la forêt n’est pas particulièrement valorisé dans la société. «Beaucoup de personnes nous voient comme des destructeurs de la nature, regrette Valentin Tardy, de L’Isle. Il faudrait qu’elles prennent conscience que l’on a besoin de nous pour entretenir une forêt.» Et Yannick Faillétaz de compléter: «Quand on a quelque chose dans son assiette, on réalise concrètement qu’on a besoin des agriculteurs et qu’il faut les soutenir. Nous, c’est plus compliqué d’aller revendiquer quelque chose car nous n’avons pas de soutien populaire.»

Mauvaise image

Actuellement, les subventions existent dans le secteur, mais l’argent arrive aux communes ou aux propriétaires privés, et les bûcherons n’en voient pas la couleur. «À la limite, on peut voir ça comme une source de travail, mais ça ne fait pas grimper nos salaires, explique Jeremy Faillétaz. Si les propriétaires forestiers étaient davantage soutenus par la Confédération, tout le marché serait un peu à la hausse et on pourrait avoir de meilleurs revenus.»

Quand on sait que le secteur ne bénéficie toujours pas de convention collective de travail et que le revenu moyen d’un forestier-bûcheron après obtention du CFC s’élève à 4000 maigres francs bruts par mois, une aide supplémentaire paraît en effet essentielle pour assurer la pérennité d’une branche indispensable à la société. «Ce que les politiques n’arrivent pas à comprendre, c’est que les forêts sont des barrières de protection naturelle. Si on les enlevait, on devrait mettre d’autres systèmes en place pour éviter des catastrophes comme des laves torrentielles de boue. On dit que la forêt coûte plus qu’elle ne rapporte, mais c’est faux, analyse Yannick Faillétaz. Tout ce qu’elle fait économiser à la société n’est jamais pris en compte dans le calcul, et pourtant elle remplit plusieurs fonctions vitales. »

Pour l’heure, il reste encore des bûcherons qui s’attachent à leur métier. « Pour rien au monde je ne ferais quelque chose d’autre », sourit Valentin Tardy. Chez lui comme chez les autres bûcherons rencontrés, l’amour de la nature l’emporte sur les dures conditions de travail. On peut tout de même se demander si, à force de ne pas les améliorer, on ne finira pas par scier la branche sur laquelle nos forêts sont assises.

Où sont les femmes?

Le métier de forestier-bûcheron n’est pas réputé pour être très féminin, et c’est justifié: encore aujourd’hui, seul 1% des apprentis vaudois sont des apprenties. «On aimerait les attirer davantage, car il y a de la place pour elles, soutient François Sandmeier, directeur ad interim du Centre de formation professionnelle forestière. Ce n’est pas du tout un métier réservé aux hommes. Il faut surtout avoir une certaine résistance psychique. Généralement si la tête suit, le corps aussi.» Angélique Vuilleumier, de Montricher, est l’unique apprentie vaudoise cette année. «Certaines journées sont un peu plus dures, mais ça me plaît beaucoup. On me demande la même chose qu’à un homme. Ce que je regrette, c’est que les entreprises semblent peu ouvertes à engager des filles», conclut la bûcheronne qui travaille pour sa commune.

La forêt vaudoise en négociation

Syndicat, centre patronal et entrepreneurs sont actuellement en pleine discussion pour élaborer une Convention collective de travail qui n’existe toujours pas dans le milieu forestier vaudois.

Depuis le 1er avril 2018, le personnel travaillant dans les forêts fribourgeoises est soumis à une convention collective de travail. Un accord de force obligatoire qui a suivi le Valais, précurseur dans le pays.

Et qui a inspiré les Vaudois, comme l’explique Grégory Gabriel, garde forestier et partie prenante des discussions dans lesquelles il représente le personnel. «On a parcouru la CCT fribourgeoise et on l’a adaptée en fonction des spécificités de notre canton, raconte le natif de Mont-la-Ville. On a commencé les négociations en janvier 2018 avec l’Association romande d’entrepreneurs forestiers (AREF) et La Forestière qui représente les propriétaires privés. Les discussions se déroulent très bien et l’échange se fait sereinement. Tout le monde est d’accord de faire un pas vers l’autre, même si on entre dans le vif du sujet avec les conditions salariales.» Ces discussions doivent aboutir à un accord fixant les salaires minimaux, assurant des vacances ou encore d’autres prestations telles que les assurances perte de gain pour maladie. Et ce pour les forestiers-bûcherons, gardes forestiers, contremaîtres et ouvriers forestiers.

Avec pour ambition de mettre sur place une solution limitant les inégalités de traitement dans une profession qui souffre de ne pas avoir de plans de carrière et de santé. La situation peut paraître absurde pour les employés de secteurs de travail autrement moins risqués, mais elle s’explique. Notamment par l’historique particulier du métier. À une époque, on parlait davantage de bûcheron-tâcheron et d’agriculteurs qui coupaient du bois pour un revenu complémentaire durant les périodes creuses. «Dans notre secteur, on a un tel retard en ce qui concerne les acquis sociaux qu’on a bien compris qu’on ne pourrait pas tout avoir, complète Grégory Gabriel. En faisant toutefois des choix. «Au vu de la moyenne d’âge très jeune de notre personnel qui oscille entre 25 et 26 ans, on s’est dit que l’on mettrait davantage l’accent sur les salaires plutôt que sur la flexibilité par exemple.»

 Dans notre secteur, on a un tel retard sur les acquis sociaux qu’on a bien compris qu’on ne pourrait pas tout avoir

Grégory Gabriel, garde forestier et représentant du personnel dans les discussions en cours

Peur de l’avenir

Mais dans un secteur fortement sous pression en raison de la faible valeur du bois, les entrepreneurs forestiers vaudois, bien que reconnaissant la nécessité de mettre en place une CCT, ne souhaitent pas accéder à toutes les volontés du personnel. «Sur la base du texte, on est tous d’accord, commente Yvan Riesenmey, membre de l’AREF et directeur de l’entreprise BMEF à Vaulion. Mais nous ne voulons pas que les nouvelles conditions engendrent une diminution de la masse de travail forestier. Notre peur, c’est que les budgets communaux n’augmentent pas. Si le canton ne fournit pas d’aide, ça sera compliqué pour les entreprises de garder des jeunes qu’on a formés.»
Côté échéance, les acteurs des négociations pensent les terminer à l’été 2020, tandis que la mise en œuvre de l’accord devrait se réaliser d’ici le mois de janvier 2021. À noter qu’une convention collective de travail est aussi en cours d’élaboration au niveau fédéral, et ce depuis plusieurs mois. Elle devrait cependant prendre davantage de temps que dans le canton de Vaud.

Abonnez-vous au Journal de Morges

Abonnez-vous !

Afin d'avoir accès à l'actualité de votre région au quotidien, souscrivez un abonnement au Journal de Morges. S'abonner, c'est soutenir une presse de qualité et indépendante.