Sur les pas du Maharaja de Bordeaux

Sur les pas du Maharaja de Bordeaux

Derrière le Cos d’Estournel, château bien connu des amateurs de vin se cache une histoire fascinante. Celle de Louis Gaspard d’Estournel, dont le parcours pourrait faire l’objet d’un film!

Un véritable coup de cœur! De tous les châteaux bordelais que nous vous avons proposés cet été, Cos d’Estournel est à part. Théâtre d’une histoire hors du commun, le domaine est aujourd’hui encore à l’image de celui qui l’a créé: original. Et les propriétaires qui se sont succédé au fil des siècles ont eu à cœur de faire perdurer cette identité unique.

Pour comprendre ce destin particulier, il faut retracer la vie de Louis Gaspard d’Estournel, fondateur du château. En 1811, l’homme hérite des domaines de Cos et de Pomys, comprenant notamment 14 hectares de vignes. Convaincu que cette colline de cailloux («cos» en gascon) recèle un terroir exceptionnel, il multiplie les prises de risques pour faire progresser sa propriété et l’agrandir par acquisitions, atteignant à l’époque les 45 hectares (le domaine compte aujourd’hui 100 hectares composés d’une multitude de parcelles). En 1820, un premier château est érigé.

Mais l’audace de Louis Gaspard d’Estournel s’illustrera surtout dans sa façon de commercialiser son vin, n’hésitant pas à braver les conventions. Car à l’époque, la mise en bouteille était l’affaire des négociants, qui en profitaient pour apposer leur nom sur les flacons. Un véritable sacrilège pour le producteur, qui refusera cette façon de faire. Et tant pis si cela doit lui fermer des portes!

Reste que pour écouler ses produits, il se doit de trouver de nouveaux débouchés. Et l’homme va innover en exportant lui-même son vin vers des destinations lointaines, tout en prenant bien soin d’ajouter sur ses bouteilles: «Expédié par moi». Faisant appel à des officiers britanniques en poste dans les colonies, les premières caisses partent pour l’Inde en 1938.

Influence orientale

Cette découverte de l’Orient fera naître chez Louis Gaspard d’Estournel – personnage curieux et cultivé – une véritable passion pour cette région du monde, qui ne restera pas sans conséquence sur son château. Pour orner ce dernier, il choisit en effet de le surmonter de monumentales tourelles aux influences orientales (appelées pagodes), qui trônent encore fièrement sur l’édifice aujourd’hui. Il fera également importer de Zanzibar une somptueuse porte en bois exotique datant du 17e siècle et provenant d’une manufacture indienne. Cette dernière, imposante, attire immédiatement le regard lorsque l’on entre dans la cour du château. Des ajouts qui ont transformé la propriété en somptueux palais du vin. Cet ensemble vaudra d’ailleurs au fondateur le surnom de Maharaja de Saint-Estèphe ou même de Bordeaux.

La fin de vie de Louis Gaspard d’Estournel sera en revanche moins joyeuse. Endetté, il perdra ses propriétés et décédera en 1853, à l’âge de 91 ans. Il ne verra donc pas la consécration de son travail en 1855 lorsque son domaine deviendra Second Cru Classé et meilleur Saint-Estèphe.

De mains en mains

Au cours du 19e siècle, le château verra se succéder de nombreux propriétaires. Ce n’est qu’en 1917 qu’il connaîtra une nouvelle stabilité avec l’arrivée de Fernand Ginestet. Ce dernier investira beaucoup pour faire perdurer le prestige de Cos d’Estournel. Il léguera la propriété à ses petits-fils, dont Bruno Prats par ailleurs citoyen de Monnaz de longue date.

En 2000, le château est revendu à l’entrepreneur fortuné Michel Reybier. Captivé par cette propriété hors du commun autant que par la personnalité audacieuse de son fondateur, il fait preuve d’un réel attachement pour le domaine: «J’ai été séduit par l’histoire de cette bâtisse, puis en la visitant j’ai perçu son côté unique, son originalité.» L’homme est d’ailleurs à l’origine de la restauration et de la modernisation des bâtiments lancée en 2006 et qui a notamment permis aux pagodes de retrouver leur aspect original. Le tout en préservant la philosophie du fondateur, comme une sorte d’héritage à respecter.

Aujourd’hui, ce sont quelque 400 à 500 000 bouteilles qui sont produites, entre le premier vin (qui porte le nom du château) et le second, «Pagodes de Cos», faisant évidemment référence à cette spécificité architecturale.

Le culte de l'éléphant

Un animal est indissociable de Cos d’Estournel depuis les années 80: l’éléphant. Devenu symbole du château, on le retrouve partout. Les haies situées à l’entrée sont taillées en forme de pachyderme et l’architecte en charge de la dernière rénovation l’a décliné de bien des façons à l’intérieur du bâtiment historique. En 2015, la propriété a célébré les 100 ans de la «Parcelle des Femmes» – la plus vieille du vignoble – qui tire son nom du fait que les vignes ont été plantées par des femmes, les hommes étant à la guerre. À cette occasion, 10 Balthazars (12 litres) et 100 double Magnums (3 litres) ont été édités à partir de ceps de Merlot centenaires. Cette édition «Cos100», réservée à quelques privilégiés, a été vendue aux enchères au profit d’une association de défense des… éléphants.

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