Le pari fou d’un roi des supermarchés | Journal de Morges
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Le pari fou d’un roi des supermarchés

Le pari fou d’un roi des supermarchés

La propriété viticole du Château Pavie a pris une nouvelle dimension ces dernières années. Derrière ce succès, on retrouve Gérard Perse, un homme qui a fait fortune dans la grande distribution.

«La classe!» Ce sont les premiers mots qui viennent à la bouche en découvrant le Château Pavie. Cerclée de 37 hectares de vignes d’un seul tenant, la propriété de pierre donne l’impression d’être en plein milieu d’un paysage de l’époque romaine. Dans un cadre aussi splendide, difficile d’imaginer que le décor n’avait rien à voir il y a tout juste 20 ans. Car l’histoire de Pavie est loin d’être un fleuve tranquille. Et sa reconnaissance parmi les tout grands n’est que récente.

Si le château est ancien – il s’appelait encore «Pimpinelle» au XIXe siècle –, il ne prendra son nom actuel qu’au début des années 1900, résultat de l’union de plusieurs domaines. Mais pourquoi «Pavie»? Tout simplement parce que ces terres, avant d’accueillir du raisin, étaient recouvertes de pêches à chair rouge dont la variété s’appelait justement Pavie.

La belle endormie

Lors du premier classement des crus de Saint-Émilion en 1955, la propriété se fait déjà une petite réputation en accédant au rang de Premier Grand Cru Classé B, sans jamais franchir de nouvel échelon pour autant. À demi-mot, on nous avoue sur place que les conditions n’étaient pas forcément réunies pour prétendre à mieux, les moyens étant notamment insuffisants. «Le domaine a toujours eu un énorme potentiel, mais il n’a pas été exploité à sa pleine mesure par les anciens propriétaires», estime notre guide. De quoi lui valoir le surnom de «belle endormie».

Le Bordelais m’a reçu comme un nabab. J’étais un acheteur, pas un concurrent, les vignerons me racontaient leurs secrets. C’est comme si j’étais dans le business

Gérard Perse, propriétaire du Château Pavie

 

Une situation qui va clairement changer en 1998 lorsque Gérard Perse rachète le château. «Il a tout de suite pris les mesures qui s’imposaient pour hisser Pavie parmi les plus grands», nous précise-t-on lors de la visite. Mais qui est cet acheteur qui a dépensé une somme considérable – on parle de 240 millions de francs français à l’époque, soit plus d’une quarantaine de millions en francs suisses – pour s’offrir un tel domaine? Il s’agit d’un passionné de vin qui a fait fortune dans la grande distribution. Il était bien connu des producteurs, lui qui était un client important, au vu des milliers de bouteilles qu’il achetait pour les proposer dans les supermarchés du groupe lors des foires au vin.
En 2016, dans les colonnes du journal Le Monde, il reconnaissait que sa position était enviable: «Le Bordelais m’a reçu comme un nabab. J’étais un acheteur, pas un concurrent, les vignerons me racontaient leurs secrets. C’est comme si j’étais dans le business.»

C’est en 1993 qu’il décide de passer de l’autre côté en acquérant le Château Monbousquet, à Saint-Émilion. Cinq ans plus tard et après avoir revendu tous ses supermarchés, il réalise son gros coup, un pari risqué avec le Château Pavie. Dès son arrivée, il modifie complètement le fonctionnement de la propriété. Il met en place les vendanges vertes, action qui consiste à éclaircir la vigne en éliminant les grappes ou des parties de grappes encore vertes avant la véraison afin de répartir sur la vigne un raisin de meilleure qualité. Avec 35 hectolitres en moyenne par hectare, les rendements sont faibles, mettant ainsi l’accent sur la qualité.

En 1998 toujours, il refait intégralement le cuvier, remplaçant le béton par du chêne. Pour éviter d’écraser le raisin, les grappes sont récoltées dans des cagettes de 10 kilos maximum. Puis le tri manuel est complété par un tri optique. Bref, c’est la révolution de palais!

Un travail qui paie

Cet investissement important s’est conclu en 2013 par l’inauguration des chais rénovés. Un lieu somptueux dans lequel l’architecte Alberto Pinto a intégré les arcades de l’ancienne gare de Bordeaux. Un résultat qui vaut le coup d’œil!
Cette nouvelle impulsion – avec des travaux pour plus de 14 millions d’euros! – portera ses fruits en 2012 lorsque le Château Pavie accède au firmament en remplaçant son «B» par un «A» au classement des crus de Saint-Émilion.

Même si la propriété n’a pas encore l’histoire de Cheval-Blanc ou Ausone, deux autres «A», Pavie est l’une des grandes réussites de ces vingt dernières années. Le vin phare – produit à environ 70 000 bouteilles – se vend d’ailleurs à près de 400 francs le flacon pour le millésime 2017!
Mais le domaine produit deux autres vins: l’Arôme de Pavie (environ 30 000 bouteilles) et l’Esprit de Pavie (200 000) complètent une offre qui finalement contente tous les publics et toutes les bourses…

Classé à l'Unesco

Depuis 1999, le vignoble de Saint-Émilion est classé à l’UNESCO au titre de paysage culturel. Une première mondiale! Cette inscription représente environ 5000 hectares répartis sur les communes de Saint-Émilion, Saint-Laurent-des-Combes, Saint-Christophe-des-Bardes, Saint-Pey-d’Armens, Saint-Étienne-de-Lisse, Saint-Sulpice-de-Faleyrens, Saint-Hippolyte et Vignonet. Selon certaines estimations, plus d’un million de visiteurs s’y pressent chaque année. Un aspect qu’il a fallu prendre en compte pour les grands châteaux, qui ont dû développer l’accueil. À Pavie, des visites (35 euros) sont ainsi proposées pour répondre à cette demande grandissante, ce qui n’était pas forcément prévu à l’origine.

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