Fermer les crèches, un processus confus

Fermer les crèches, un processus confus

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Alors que le canton de Vaud compte environ 750 crèches, elles ne semblent pas pour l’instant être durement frappées par la deuxième vague de coronavirus. Mais la question des critères de fermeture lors de plusieurs cas positifs au Covid-19 décelés au sein du personnel demeure. Et la réponse sème la confusion s’agissant du processus de décision, plutôt complexe.

Par Jean-François Schwab, Keystone-ATS

A la fin de cette semaine, il y avait deux jardins d’enfants fermés, trois crèches ayant fermé un ou deux groupes d’enfants (bébés, trotteurs, moyens ou écoliers) et une structure parascolaire close dans le canton, selon Valerie Berset, cheffe de l’Office vaudois de l’accueil du jour des enfants (OAJE), interrogé par Keystone-ATS. « Ce n’est pas beaucoup. Les crèches ne sont pas des foyers de contaminations », observe-t-elle.

Si la situation n’est donc pas alarmante pour l’instant, elle pose malgré tout la question des critères de fermeture lorsque des cas positifs sont décelés au sein du personnel de ces garderies. Cette dernière semaine, deux exemples de crèches avec du personnel testé positif, révélés par 24 heures et Heidi.news, ont exposé des réponses très différenciées.

Fermer ou pas fermer?

A Vevey, la garderie Les Marionnettes a fermé lundi dernier ses groupes « bébés » et « écoliers » car plusieurs éducatrices ont été testées positives au Covid-19. Vu la situation, c’est l’Office du médecin cantonal qui a décidé de la fermeture de ces deux groupes jusqu’au 2 novembre, annonçait la Ville.

« Avec l’absence des éducatrices qui ont des symptômes et de celles qui sont en quarantaine, nous avons préféré être prudents en optant pour la fermeture de ces deux groupes. Mais nous sommes allés chercher la confirmation et la validation de cette décision auprès du médecin cantonal », explique Yvan Luccarini, municipal en charge de la jeunesse.

Il évoque la mise à jour du 22 octobre du plan cantonal de protection pour l’accueil de jours des enfants et « une directive claire »: c’est l’Office du médecin cantonal qui seul peut décider d’une fermeture partielle ou totale d’une garderie dans le contexte sanitaire de la pandémie. Il juge néanmoins la chaîne de décision « complexe ».

La même semaine à Lausanne, la garderie de Tivoli est, elle, restée ouverte malgré douze éducatrices (sur quinze fixes et plusieurs remplaçantes) testées positives au Covid-19, suscitant l’incompréhension totale de sa directrice Alexia Denti. Elle estime que sa crèche a été un « cluster » et s’étonne que le canton n’ait pas autorisé la fermeture de sa crèche pour des raisons sanitaires.

Enquête d’entourage déterminante

Selon elle, plusieurs raisons ont été invoquées par l’Office: l’origine de la contamination n’a pas eu lieu sur place à la crèche, d’après l’enquête d’entourage, et les règles d’hygiène sont suffisamment strictes dans les structures d’accueil pour enfants, les éducatrices portant le masque et respectant les gestes barrières.

« A partir de combien de cas positifs une garderie devient un foyer infectieux exigeant une fermeture pour casser la chaîne de transmission du coronavirus? », se demande Mme Denti. « Car nous aurions pu au moins fermer deux ou trois jours, le temps de tester les personnes présentant des symptômes, attendre les résultats et rouvrir avec celles testées négatives », suggère-t-elle.

Et c’est justement ce qu’elle demande au médecin cantonal: décider de fermetures le plus rapidement possible, partielles ou totales et même très ponctuelles. Pour elle, une fermeture de quelques jours pourrait limiter voire interrompre la propagation du coronavirus.

Ressources humaines versus sanitaire

Difficile donc d’y voir clair en comparant ces deux cas de figure. Mme Berset de l’OAJE rappelle que le responsable d’une crèche peut en tout temps fermer la structure d’accueil si le personnel n’est plus suffisant, donc sur la base d’un critère de ressources humaines.

En revanche, l’exploitant ne peut pas s’exprimer sur la fermeture sur des critères sanitaires. C’est le rôle de l’Office du médecin cantonal, qui va décider sur la base d’une enquête épidémiologique d’entourage déterminant si la contamination a eu lieu dans le cadre du travail ou à l’extérieur de la garderie. « Le curseur n’est donc pas quantitatif », souligne Mme Berset.

Le médecin cantonal Karim Boubaker, interrogé par Keystone-ATS, a expliqué que la stratégie du canton est de garder le plus possible de crèches ouvertes. Il est difficile de trancher facilement et simplement pour une fermeture. Il faut agir au cas par cas, faire une pesée d’intérêt, selon lui. Il admet que cela puisse « créer des différences voire donner l’impression d’incohérences » d’une crèche à l’autre.

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