Sur ses skis, elle fait cadeau de sa vue

Sur ses skis, elle fait cadeau de sa vue

Alors que la saison de ski bat son plein et que les amateurs de neige profitent des beautés de la montagne, la Morgienne prête sa vue aux skieurs aveugles et malvoyants.

«C’était au week-end de fermeture des pistes à Grimentz en 2015. Les remontées mécaniques offraient un apéritif de fin de saison, et c’est là que j’ai aperçu toutes ces vestes rouges et jaunes.» Sylvie Pousaz se rappelle parfaitement de sa première rencontre avec le Groupement romand de skieurs aveugles et malvoyants (GRSA) il y a quatre ans. «Un de mes anciens collègues se trouvait dans le groupe, poursuit la Morgienne. Je lui ai posé plein de questions sur ce qu’il faisait, le groupe, lui disant que je serais intéressée à m’investir là-dedans dès que j’aurai un peu plus de temps.»

Il faut alors attendre deux ans pour que Sylvie Pousaz puisse alléger quelque peu son agenda. «J’étais conseillère communale à l’époque et j’ai attendu la fin de mon mandat avant de me lancer dans cette aventure, explique-t-elle. J’ai finalement pu commencer ma formation de guide pour aveugles en 2017.» Un apprentissage qui demande du temps et de la patience. «Lorsque l’on guide un aveugle, il skie devant nous, un malvoyant sera derrière. Dès lors, il faut les diriger en utilisant quatre mots: gauche, droite, en avant et halte.»

En 2011, j’ai reçu une greffe de cornée. Ça fait sens pour moi de pouvoir offrir mes yeux à des personnes qui en ont besoin

Sylvie Pousaz, guide du GRSA

Des règles de base qui ne suffisent pas à être un guide confirmé. «Rien n’enlève le «feeling» qu’il y a avec chaque skieur. Certains ont besoin de beaucoup d’informations, d’autres ne veulent pratiquement pas nous entendre. C’est très délicat de trouver sa juste place et cela demande de l’entraînement pour savoir comment se comporter face à telle ou telle situation. Par exemple, quand il y a un danger, on a envie de crier «Attention», mais ça ne veut rien dire pour un aveugle.» Et Sylvie Pousaz l’admet volontiers, le début de formation n’a pas été facile. «C’est un peu comme lorsque l’on apprend à conduire une voiture, image-t-elle. Il faut assimiler l’embrayage, le volant, le frein, on se dit qu’on n’y arrivera jamais. Et puis on finit par conduire la fenêtre ouverte avec une main et en chantant à tue-tête. On met du temps avant d’y arriver.»

Mais après deux ans de formation achevés fin février à Ovronnaz, la Morgienne va pouvoir ôter sa chasuble rouge et revêtir la fameuse veste de la même couleur, signe de son appartenance aux guides du GRSA.

Ce qui n’était à l’origine qu’une rencontre un peu hasardeuse sur les pistes de Grimentz se trouve en fait être un véritable clin d’œil que le destin a effectué en direction de Sylvie Pousaz. «La cécité est un handicap qui me touche particulièrement, raconte la guide. J’ai en effet eu pas mal de souci à ce niveau-là puisque je souffre de kératocône aux deux yeux.»

Cette déformation de la cornée – qui n’est plus sphérique, mais conique – est une maladie dégénérative de l’œil qui peut causer des distorsions de la vision. «En 2011, j’ai reçu une greffe de cornée, poursuit Sylvie Pousaz. C’est le plus beau cadeau qu’on m’ait fait, car il m’a redonné une qualité de vie incroyable et cette opération m’a simplement rendu la vue.» Dès lors, la fameuse veste rouge prend une tout autre signification. «Ça fait sens pour moi de pouvoir offrir mes yeux à des personnes qui en ont besoin.»

Tous orange

Car au travers de sa formation avec le GRSA, Sylvie Pousaz a pu découvrir ce qu’est le monde des non-voyants. «Malgré les problèmes de vue que j’ai eus, j’étais quand même loin d’être aussi handicapée. Il faut leur décrire les remontées mécaniques, les amener jusqu’au portillon pour qu’ils le sentent. Lorsque l’on s’arrête boire un thé, on leur décrit le mobilier, on leur fait la lecture du menu. Il y a beaucoup de choses à dire tout en faisant attention de ne pas accaparer leurs autres sens, car ils en ont besoin.»

Et l’échange va au-delà des pistes enneigées. «Le GRSA organise des week-ends et des camps durant lesquels, une fois les skis rangés, il n’y a plus ni rouge ni jaune, nous sommes tous orange et rassemblés grâce à des choses qui dépassent le handicap. Et ça, ce sont des moments vraiment uniques à vivre.»

50 ans en 2019

Le Groupement romand de skieurs aveugles et malvoyants a vu le jour en 1969. À l’origine de ce mouvement, un jeune homme qui, suite à un accident, perd la vue. Passionné de montagne et de ski, et la nostalgie de la neige ne le quittant pas, il décide de convoquer des instructeurs de ski et leur lance un défi: trouver le moyen de le faire skier. Force est de constater que le défi est largement relevé. Le GRSA organise plusieurs week-ends durant la saison (en ouverture, au milieu et en clôture) ainsi que deux camps de ski. L’occasion pour chaque aveugle ou malvoyant de continuer à s’adonner à son sport favori et de le partager avec les guides.

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