L’hôtellerie peine de plus en plus à recruter

L’hôtellerie peine de plus en plus à recruter

Les hôteliers suisses peinent à trouver du personnel. Photo: Unsplah.

Les hôteliers suisses sont confrontés à d’importantes difficultés de recrutement. La crise pandémique a en effet aggravé une situation déjà tendue sur le marché de l’emploi, de l’avis des professionnels du secteur interviewés par AWP lors du Hospitality Summit mercredi.

« La pénurie de main-d’oeuvre est catastrophique pour les hôteliers suisses », confirme Alain Becker, directeur de l’association romande des hôteliers. Grands et petits établissements, en ville ou à la montagne, tous les établissements sont confrontés au même problème. « Nous avons pour cette rentrée entre 20 et 30% d’apprentis en moins par rapport aux années précédentes », note-t-il. De plus, la situation ne concerne pas uniquement le territoire helvétique, la France et l’Allemagne connaissent une problématique similaire.

Mais comment expliquer les difficultés à embaucher, alors que le taux de chômage du secteur est deux fois plus élevé que la moyenne nationale? « En contact avec les services de l’emploi dans les quatre cantons romands que je représente, on m’assure que le réservoir est à disposition et pourtant il est extrêmement difficile de recruter », fait-il remarquer.

« L’hôtellerie propose des métiers très variés, permet de voyager… Nous devons revaloriser ces professions. »

Alain Becker, directeur de l’association romande des hôteliers

« Pendant la pandémie, les spécialistes de l’hôtellerie ont pris de nouvelles habitudes, et ils ne veulent plus revenir dans la branche ». Moins de sécurité, horaires irréguliers, plusieurs contraintes découragent les candidats. « Pourtant l’hôtellerie propose des métiers très variés, permet de voyager, nous devons revaloriser ces professions », insiste M. Becker.

Plus grande chaîne hôtelière en Europe, le groupe Accor souffre également de cette pénurie, confirme une porte-parole de l’entreprise. La situation s’est aggravée avec la pandémie, qui a joué un rôle de catalyseur et accentué les difficultés déjà existantes. « Mais cela peut aussi être vu comme une chance (…), le moyen de renforcer durablement l’attractivité de la branche » pour les talents encore à découvrir.

Incertitudes décourageantes

Co-fondateur et président de plusieurs hôtels à la montagne, sous la marque Vertu Resorts, Philippe Attia remarque que beaucoup de collaborateurs ont décidé de changer de branche, certains n’ayant pas pu bénéficier de la réduction de l’horaire de travail (RHT).

« Nous avons perdu la moitié de nos employés au profit de secteurs qui ont profité de la crise, dans la distribution et la santé notamment », indique-t-il. Les multiples reports des dates de réouverture après les fermetures obligatoires ont également créé « beaucoup d’incertitudes », qui découragent les candidats.

« Avec la réouverture en haute saison, en plein été, tout le monde a cherché en même temps et les délais de recrutement ont été multipliés par trois », a expliqué M. Attia. « Il nous a fallu deux mois pour recruter une femme de chambre, une durée tout à fait inhabituelle », renchérit Pierre-André Michoud, propriétaire de l’Hôtel du théâtre à Yverdon-les-Bains. Il s’estime malgré tout chanceux. « Grâce au chômage partiel, nous avons pu conserver l’ensemble de nos collaborateurs. »

« Certains hôtels n’ont pas pu fonctionner à pleine capacité, à défaut d’avoir pu trouver à temps les collaborateurs nécessaires »

Philippe Attia, co-fondateur et président de plusieurs hôtels de montagne

« Certains hôtels n’ont pas pu fonctionner à pleine capacité, à défaut d’avoir pu trouver à temps les collaborateurs nécessaires », ajoute M. Attia. Alors l’hôtelier a impliqué l’ensemble de ses équipes dans le recrutement. « Grâce à un de mes employés, j’ai pu recruter les deux collaborateurs qui me manquaient parmi ses connaissances ».

Les pistes pour remédier à la pénurie de collaborateurs manquent. « Il faudrait réunir l’ensemble des partenaires pour trouver des solutions pragmatiques », insiste M. Becker. Augmenter les salaires n’est pas une piste privilégiée, en raison des marges déjà basses dans le secteur.

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