«Sans la passion, c’est impossible»

«Sans la passion, c’est impossible»

L’adjudant Christian Antonucci à la barre du «4x4 du lac», nom donné à la navette de la brigade, un bateau de plus de dix tonnes. Photo: Bovy

Recherche de corps ou d’objet, maintien de la sécurité et sauvetage dans tous les plans d’eau du canton de Vaud, la Brigade du Lac a bien plus de missions que ce que son nom peut laisser penser de prime abord.

Sur la terrasse de la brigade du lac à Ouchy, la vue sur le Léman ne laisse pas insensible, même en ce vendredi légèrement venteux, en témoignent les remous de la vaste étendue d’eau. Face à nous, l’adjudant Christian Antonucci, chef de la brigade nous raconte son travail avec passion… et franchise! «Il faut savoir qu’il y a deux bases de cette brigade du lac sur le canton: à Yverdon et ici à Lausanne, explique-t-il. Au total, nous sommes neuf personnes à l’année. Et comme ne le précise pas notre titre, nous intervenons sur tout type de plan d’eau. Que ce soit en rivière, en canyon, sur les lacs de montagne, partout où l’on trouve de l’eau.»

Un travail titanesque donc pour les cinq hommes attachés à la brigade lausannoise. En montrant son «bipeur», Christian Antonucci rit. «C’est notre meilleur ami. Il nous permet d’assurer une permanence toute l’année 24h/24. Ça représente 240 heures de boulot non-stop sur un mois. Je peux vous dire que celui qui n’est pas passionné, il est malheureux! Il n’est pas rare de devoir quitter à toute vitesse un repas avec des copains ou un moment en famille pour partir en intervention.»

 

Toujours au top

La brigade du lac ne s’occupe pas seulement de verbaliser les navigateurs qui ne respectent pas les limitations de vitesse, se déplacent sans permis ou du constat des accidents. Christian Antonucci et ses hommes se chargent également du rôle de la police de proximité, à savoir maintenir et assurer les liens avec les différents corps de métier exerçant sur le lac (gardes-pêche, sociétés de sauvetage, CGN, etc…). Sans oublier une casquette essentielle. «Nous faisons partie des unités spéciales de la gendarmerie au même titre que le DARD (Détachement d’action rapide et de dissuasion), le déminage ou la brigade canine», détaille Christian Antonucci.

On dit qu’il ne faut jamais plonger quand on est fatigué, ou lorsqu’on ne se sent pas. Dans cette brigade, c’est pratiquement exclusivement quand on n’est pas prêt qu’il faut y aller

Christian Antonucci, chef de la brigade du lac

 

Régulièrement appelés à rechercher des corps, des objets ou par des personnes en détresse, les membres de la brigade se doivent d’être constamment au meilleur de leur forme, tant physique que mentale. «Nous passons chaque année des tests afin de nous assurer d’être au maximum de nos capacités et apte à affronter toutes les situations, poursuit-il. Il est également indispensable d’être bien dans sa tête, car on ne peut pas se permettre d’avoir quelqu’un qui flanche sous l’eau.»
Pourtant les gendarmes de la brigade sont souvent poussés dans leurs retranchements. «On dit qu’il ne faut jamais plonger quand on est fatigué, ou lorsqu’on ne se sent pas, explique Christian Antonucci. Dans cette brigade, c’est pratiquement exclusivement quand on n’est pas prêt qu’il faut y aller. C’est plus que de la passion, c’est de la rage!»

Interventions

Avant de monter sur la navette de la brigade, l’adjudant nous emmène faire le tour du propriétaire, et on comprend très vite que les différents rôles de police exercés par ses hommes ne sont pas les seuls. «On s’occupe nous-mêmes de notre matériel et de son entretien, développe-t-il. Que ce soit au niveau des bateaux, du nettoyage global ou de nos bombonnes à oxygène.» Il désigne alors avec fierté la dernière acquisition de sa brigade: une sonde marine. «C’est un objet qui nous fera gagner un temps précieux lorsque l’on recherche quelque chose ou quelqu’un. Parce que, sur et dans l’eau, tout est beaucoup plus compliqué, car en éternel mouvement. Et nous n’avons pas les ressources humaines pour sonder les fonds du lac avec des plongeurs sur une longue durée.»

Une fois à la barre de «son» bateau, celui qui a rejoint la brigade en 2002 revient un peu sur l’historique de son groupe. «Avant 1998, nous pouvions encore compter sur une base à Clarens, Morges et Lausanne, avec chacune une ou deux navettes. Ce qui nous permettait évidemment d’intervenir beaucoup plus vite et d’être davantage présents sur le Léman. Aujourd’hui, nous ne pouvons être au maximum que 18 sur le canton grâce aux plongeurs supplétifs (voir encadré). Et nous devons effectuer plus de tâches que par le passé.»
Et l’adjudant de mentionner les cas de pollution des eaux qui nécessitent des enquêtes et des rapports contraignants. Pour ce qui est du sauvetage, la brigade peut heureusement compter sur un fidèle et précieux partenaire: la Société internationale de sauvetage du Léman (SISL) et ses 34 sections. «Nous nous occupons de faire respecter les règles sur le lac, eux ils se chargent de tout ce qui concerne le sauvetage. Ils sont un appui essentiel, car nous ne pourrions pas assumer cela tous seuls. Lors d’interventions graves qui peuvent déboucher sur un décès par exemple, ils nous assistent dans les recherches.»

Christian Antonucci est alors coupé par une alarme: on lui signale un kitesurfeur en difficulté proche de Vevey. La section de sauvetage ne répondant pas, c’est à toute vitesse que la brigade se rend sur place… pour constater une fausse alerte. «Ça fait aussi partie du job», admet, philosophe, l’adjudant. Un job pour lequel, on l’aura compris, il faut se dévouer entièrement et ne pas compter ses heures.

Brigade du Lac - Gendarmerie

24.07.2020
Brigade du Lac - Gendarmerie 24.07.2020
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Un long parcours nécessaire

Pour devenir membre de la brigade du lac, il faut non seulement des compétences, mais aussi beaucoup de patience et d’expérience. «Après l’Académie de Police de Savatan et une fois assermenté, vous devez bosser trois ans dans une unité de gendarmerie dans le but de se ’’faire la main’’, notamment au niveau de la connaissance des procédures», explique Christian Antonucci. Après ces trois années, l’intéressé doit postuler afin de devenir plongeur supplétif. «C’est une petite équipe qui travaille dans les autres corps de gendarmerie, mais vient nous prêter main-forte durant la période estivale, poursuit l’adjudant. Ses membres doivent déjà savoir plonger. Si leur candidature est acceptée, suite à différents tests, ils sont pris à l’essai pendant une année. On les forme alors à l’interne jusqu’au plus haut niveau de plongée. Lorsqu’on estime qu’ils sont aptes, tant physiquement que psychologiquement, on leur donne le badge de la brigade lacustre.» Le (ou la) gendarme est dès lors membre du groupe des plongeurs supplétifs et se retrouve soumis aux examens annuels dans le but de maintenir son niveau. Pour autant, il faudra patienter environ cinq ans (ou moins si des places se libèrent) pour devenir un collaborateur permanent de la brigade du lac. Un rôle immuable, du moment que les tests physiques sont réussis d’une année à l’autre.

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