Les réseaux sociaux sont-ils devenus antisociaux? – journaldemorges Les réseaux sociaux sont-ils devenus antisociaux?

Les réseaux sociaux sont-ils devenus antisociaux?

Les réseaux sociaux sont-ils devenus antisociaux?

À l’heure de la connexion perpétuelle, les plateformes censées rapprocher leurs utilisateurs semblent avoir tendance à les opposer, polarisant les avis et amenant de plus en plus à des propos violents. Les réseaux sociaux ont-ils échoués dans leur vocation initiale? La rédaction se mouille et tente de répondre.

"Une utilisation plus ciblée et apaisée"

Oui, les réseaux sociaux peuvent être chronophages, anxiogènes, addictifs, déprimants, vecteurs de discours de haine et de harcèlement, reflets déformés de la réalité. Surtout lors d’un usage intensif. Et puis, ils servent aujourd’hui en large partie de plateformes de communication et de publicité, bien plus que de lien entre les individus. Instagram en est un excellent exemple: ce qui permettait simplement de partager des photos est devenu, pour les marques du monde entier et aussi bien pour l’épicerie locale que la multinationale, un moyen d’atteindre un public cible. Tout ceci contribue peu, à priori, à entretenir des relations sociales authentiques. Pour avoir tenté l’expérience, je ne peux que vous conseiller de faire le tri dans les comptes auxquels vous vous abonnez. Quitte par exemple à vous créer deux profils: l’un pour suivre l’actualité de vos proches et de ce qui vous inspire, l’autre pour les contenus médiatiques et commerciaux. Entre ça et la fonction « minuteur d’applications » de votre smartphone, votre idylle avec les réseaux a tout à y gagner.

«Les algorithmes font en sorte de nous enfermer»

Pour moi, aucun suspense: oui. J’en ai pleinement pris conscience durant le confinement et, plus globalement, lors de la pandémie. Les algorithmes – que personne ne comprend – font en sorte de nous enfermer sur nous-mêmes, ne nous montrant que des publications en accord avec ce que l’on pense, scindant ainsi les gens et, surtout, nous empêchant de nous confronter à des avis différents du nôtre. Et quand cela arrive, on tombe directement dans les insultes. J’ai fait l’expérience de « m’abonner » à des comptes de complotistes sur diverses plateformes ou à ceux de personnes qui avaient des idées foncièrement opposées aux miennes, cela n’a pas manqué. En quelques jours, le contenu proposé sur mes fils d’actualités avait complètement changé, me dégoûtant totalement de m’y intéresser (au passage, ceci peut être une astuce si vous songez à vous déconnecter, mais ne parvenez pas à sauter le pas). En bref, je suis convaincue que les réseaux sociaux sont un outil merveilleux qui n’est pas utilisé correctement. Mark Zuckerberg, Elon Musk, si vous me lisez, faites donc un peu d’ordre dans vos algorithmes afin d’encourager les échanges d’opinions, surtout variées.

«La justice doit pouvoir agir»

Dire que les réseaux sociaux ont échoué est une conclusion que je ne me permettrais pas, car ils représentent toujours un moyen de retrouver des amis d’enfance ou d’organiser des fêtes privées. Par contre, il est clair que ces plateformes sont malheureusement devenues le défouloir des complotistes, racistes, etc. cachés derrière une photo de Gandalf et un pseudo bidon – vraisemblablement, parce qu’ils n’assument pas leurs propos publiquement. Selon moi, tout ne peut pas être toléré. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est la comparaison que certains antivax ont faite pendant la pandémie. Celle qui consistait à dire que leur situation – lorsque le pass sanitaire était mis en place – était la même que celle de la population juive qui devait porter l’étoile jaune durant la Seconde Guerre mondiale. Comment peut-on oser comparer le fait d’être privé de restaurant avec une étoile stigmatisant une communauté dont cinq à six millions de personnes ont été exterminées? Les moyens doivent être donnés aux états pour que de tels propos soient sévèrement condamnés. Je pense aussi aux harcèlements dont sont victimes certains jeunes sur les réseaux sociaux. La jeunesse des coupables n’est en rien une excuse.

«Cultiver ses connaissances»

J’ai mille et une critiques à adresser aux réseaux sociaux, mais je vais me concentrer sur le positif. À commencer par le fait qu’ils sont un formidable outil pour rester en contact avec des amis vivant loin de chez soi. Ce n’est pas forcément à moi que cela a été le plus utile, mais quand je vois mon épouse – qui a grandi en Amérique du Sud – retrouver sur Facebook ou Instagram des copines d’enfance à qui elle n’a pas parlé depuis vingt ans, je me dis qu’aucune autre technologie ne peut permettre une telle prouesse. Le second attrait principal qui me fait apprécier ce monde virtuel est la source de connaissances qu’il représente. Quoi? Un journaliste qui s’informe sur les réseaux sociaux, est-ce bien sérieux? Attention, je ne suis pas en train d’affirmer que mon unique source d’informations est mon fil Facebook. Je me renseigne avant tout en consultant des journaux, des médias en ligne ou en écoutant la radio. À cela, j’ajoute le suivi de comptes spécialisés, vérifiés et soigneusement sélectionnés qui sont actifs sur Twitter. En ces temps de guerre en Ukraine, j’y lis par exemple les publications de l’historien militaire Cédric Mas, qui livre quasi quotidiennement son analyse du conflit en cours et des avancées des deux camps. Intéressante et très enrichissante.

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