La cathédrale des frères Bouygues

La cathédrale des frères Bouygues

Rachetée en 2006 par Martin et Olivier Bouygues, la propriété du Château Montrose a connu d’importantes interventions pour la valoriser et l’embellir. Le tout en mettant l’accent sur le développement durable.

Soyons honnêtes: en arrivant au Château Montrose, on peine à en deviner l’origine du nom. Et pour cause, un retour chronologique étant nécessaire. Si aujourd’hui 95 hectares de vignes encerclent le domaine viticole médocain, la situation était toute autre il y a à peine plus de 200 ans. En lieu et place des ceps, on y retrouvait des landes de bruyère. Leur teinte rose visible de très loin avait suggéré aux nombreux marins qui fréquentaient l’estuaire de baptiser cette colline «Mont Rose». Un nom qu’adoptera Étienne Théodore Dumoulin, propriétaire du domaine au début du 19e siècle.

C’est d’ailleurs lui qui, convaincu que le lieu était idéal pour produire de grands vins, décida d’y planter les premières vignes et d’y construire les bâtiments pour l’exploitation et la vinification. Nous sommes alors en 1815, date à laquelle débute l’histoire de ce château viticole. Jusqu’à son décès en 1861, l’homme ne cessera d’agrandir son vignoble, pour céder à ces héritiers la même surface qu’aujourd’hui.

Si Étienne Théodore Dumoulin est le pionnier, d’autres familles ont permis de valoriser ce terroir d’exception. L’industriel alsacien Mathieu Dollfus tout d’abord, qui a notamment modernisé les bâtiments en y apportant ce qui se faisait de mieux à l’époque. Il fait également figure de précurseur en matière de ressources humaines, en mettant en place des conditions de travail et de vie uniques pour son personnel (logement à la propriété, prise en charge des frais médicaux, partage du bénéfice). Mais l’entrepreneur avait d’autres cordes à son arc. Il a par exemple enrayé le fléau du phylloxéra (puceron ravageur) en inondant les vignes. Il a ainsi sauvé une partie du vignoble de Montrose.

À la mort de Mathieu Dollfus en 1886, c’est la famille Charmolüe qui prend les rênes du domaine. Durant plus d’un siècle (de 1896 à 2006), elle va guider la propriété sur la voie de la stabilité et de l’excellence, avec de nombreux millésimes mémorables à la clé.

7 ans de travaux

En 2006, Montrose connaît une véritable révolution avec l’arrivée de Martin et Olivier Bouygues, famille célèbre qui a donné son nom au groupe industriel actif dans la construction, les énergies, l’immobilier, la téléphonie ou encore les médias. Mais l’achat du château à Saint-Estèphe n’est pas lié aux affaires. Grands amateurs de vins et amoureux des crus du domaine, les deux frères ont acquis la propriété par passion.

En 2007, ils lancent un chantier de rénovation d’une ampleur exceptionnelle en investissant d’importants moyens. Leur objectif? Valoriser et embellir ce Grand Cru, dont le potentiel ne fait aucun doute à leurs yeux. Sous leur impulsion, Montrose marque son entrée dans la modernité au terme de sept années de travaux, tout en respectant les codes architecturaux du 18e siècle. Et le chai, véritable cathédrale dont la découverte est le point d’orgue de la visite, en est devenu l’emblème.

Tournés vers l’avenir, Martin et Olivier Bouygues ont souhaité s’inscrire dans une optique de développement durable, afin de faire baisser substantiellement le bilan carbone du château. Une surisolation a été posée sur les bâtiments, permettant d’obtenir une consommation d’énergie 50% inférieure à la moyenne. À cela s’ajoute l’installation de 3000m2 de panneaux photovoltaïques sur les édifices, couvrant en grande partie les besoins quotidiens de la propriété.
Cette volonté de respecter l’environnement est également observable dans le vignoble. Depuis 2012, des essais ont été menés pour réaliser une transition progressive vers une viticulture biologique, avec pour objectif de passer l’ensemble de la production en bio à l’horizon 2020.

Terroir d'exception

Dominant l’estuaire de la Gironde, le Château Montrose bénéficie de conditions idéales. Situé en pente douce, le vignoble bénéficie d’un drainage naturel et sa proximité avec l’eau lui offre une protection contre les températures extrêmes. Quant au vent, bien présent, il permet de sécher la vigne et d’éviter ainsi le développement de maladie. Son sol – réputé comme propice à la production de grands vins – présente de fortes similitudes avec Château Latour auquel il est souvent comparé. Pour respecter ce patrimoine d’exception, le vignoble a été divisé en lot. Ces derniers sont assemblés avant la mise en barrique pour former un ensemble cohérent. L’encépagement, dominé par le Cabernet sauvignon (60%), est plutôt classique pour la région. C’est d’ailleurs ce cépage qui est majoritaire dans le premier vin, qui représente 34 à 36% de la production.

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