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Après le drame de Crans-Montana, des mèches synonymes d’espoir

Après le drame de Crans-Montana, des mèches synonymes d’espoir

La coiffeuse Margaux Joulin a grandi à Saint-Prex et y travaille depuis un an et demi. En janvier, les dons ont été quotidiens. Photo: Bovy.

Depuis l’incendie de Crans-Montana, des salons récoltent des cheveux pour fabriquer des perruques à offrir aux victimes. Dans la région, les dons sont très nombreux.

Quelques coups de ciseaux qui valent de l’or. Depuis le drame survenu dans la nuit de Nouvel An à Crans-Montana (VS), les dons de cheveux affluent dans tout le pays et au-delà, avec pour ambition d’offrir des perruques naturelles aux victimes de l’incendie qui le souhaiteraient. «Je pouvais faire quelque chose à mon échelle alors je n’ai pas hésité», explique Margaux Joulin.

Depuis qu’elle a annoncé prendre part à cette action solidaire, il y a deux semaines, la coiffeuse saint-preyarde a enregistré au moins au une vingtaine de dons. «L’autre jour, une cliente m’a demandé de lui couper 45 cm de cheveux, c’est environ quatre ans de repousse!»

Comme Margaux Joulin, de nombreux salons de coiffure offrent la coupe aux donatrices (l’écrasante majorité sont des femmes). Le groupe Facebook «Crans-Montana Solidarité» répertorie à ce jour 170 enseignes participantes en Suisse romande, mais aussi en Belgique, France et Italie. Toutes les chevelures sont acceptées, tant que les mèches sont saines et mesurent au moins 20 centimètres (idéalement 35).

«C’est le bon côté des réseaux sociaux, estime Margaux Joulin. Cet événement a touché beaucoup de monde, mais il a aussi permis de faire ressortir l’humanité des gens, qui a tendance à disparaître. Et malgré la douleur, je trouve très positif de pouvoir faire quelque chose de bénéfique avec un geste simple comme celui-ci.»

Geste précieux

Agir «à son niveau», c’est aussi ce qui a poussé l’une des amies de longue date de Margaux Joulin, à franchir le pas. «Sur le moment, ce n’est pas une coupe de cheveux comme une autre, parce qu’on sait pourquoi on le fait», estime cette habitante de Chigny, qui tient à rester anonyme pour «valoriser l’action en elle-même, mais sans se mettre en avant». Ce jour-là, elle a donné une tresse de 23 cm environ. «Beaucoup de gens m’ont demandé si j’étais stressée d’avoir les cheveux courts, mais je m’en fichais. Je n’avais pas de pression, je savais pourquoi je le faisais. Et de toute manière, ça repousse!»

«Beaucoup de gens m’ont demandé si j’étais stressée d’avoir les cheveux courts, mais je m’en fichais. Je n’avais pas de pression, je savais pourquoi je le faisais. Et de toute manière, ça repousse!»

Une donatrice de la région

Le geste n’est pas anodin pour autant, selon Micaela Sousa, patronne d’un salon de coiffure à Féchy. «Les cheveux, c’est un bout de notre identité et ce n’est pas évident pour tout le monde de couper 20 cm d’un coup, affirme celle qui habite aussi dans le village. Ça montre à quel point les gens ont été profondément touchés par ce drame.» Et de citer l’exemple de cette «jeune cliente avec des cheveux très longs, qui d’habitude vient juste pour les pointes et a toujours peur qu’on coupe trop», mais est ressortie méconnaissable de son salon il y a quelques jours.

«Dès que j’ai vu ce mouvement de solidarité, j’ai eu envie de participer, poursuit la coiffeuse. En tant que maman, j’ai été marquée par le malheur de ces jeunes.» Au total, la Fezzolane a accueilli six volontaires – dont de parfaites inconnues venues exprès pour l’occasion.

Cet élan de générosité, qui dépasse largement la région morgienne, ne surprend pas notre donatrice de Chigny. «À vrai dire, j’aurais été surprise et même déçue de l’inverse. Avoir les cheveux très courts quelques mois, ce n’est pas grand-chose quand on sait que des adolescents n’en ont plus du tout. Je crois que ce drame a prouvé à quel point on pouvait être solidaires, et ce que ce soit en Suisse ou même depuis les pays voisins.»

Direction l’Italie

Une fois coupées, les mèches attachées sont envoyées en Valais, chez Audrey Litschi, cofondatrice du groupe «Crans-Montana Solidarité». Une centralisation censée simplifier la logistique, mais qui n’est pas de tout repos pour la principale intéressée: «Je reçois des colis tous les jours, énormément de messages aussi. C’est impressionnant!, salue-t-elle. En ne comptant que les tresses les plus longues et d’excellente qualité, on doit déjà avoir reçu huit kilos de cheveux environ.» La Valaisanne évoque des donatrices de 7 à 92 ans, ou encore des coiffeurs étrangers n’hésitant pas à payer d’importants frais de port.

Après de fastidieuses recherches, un accord a été trouvé avec un atelier italien pour qu’il réalise des perruques gratuitement. «L’un des défis sera d’avoir suffisamment de cheveux similaires», note Audrey Litschi. Fabriquer une perruque sur mesure nécessite plusieurs mois de travail, pour un montant oscillant entre 1500 et 3000 francs. À noter que comme pour des lunettes, les personnes qui en portent en possèdent généralement plusieurs. «Notre espoir, c’est que tout le monde fasse un effort à son échelle pour que les victimes et leurs familles n’aient rien à payer», résume Audrey Litschi.

Générosité multiforme

Le groupe Facebook «Crans-Montana Solidarité» compte 19 800 membres. Il a été créé par deux Romands qui ne se connaissaient pas et consacrent désormais une immense part de leurs journées à le modérer. On y trouve des témoignages et messages de soutien, mais surtout des demandes et propositions d’aides variées: hébergement et transports pour les familles de victimes, assistance spirituelle et psychologique, coupeurs de feu… En Suisse, plusieurs associations ont aussi été fondées. Et le 5 janvier, la Transfusion Interrégionale CRS a été temporairement surchargée par les dons de sang.

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