La bonne fée de La Sarraz est partie au paradis
Annette Schneider, 92 ans, est une fervente défenseuse du château de La Sarraz. Photo: Dumauthioz/VQH
Engagée en politique durant un demi-siècle, Annette Schneider était impliquée un peu partout. Elle s’est éteinte cette semaine en laissant un lumineux souvenir.
Nous republions ici le dernier article qui lui avait été consacré.
On rencontre Annette Schneider dans sa maison aux murs de pierre, à l’ombre du château presque millénaire. «Je ne m’en lasse jamais car il n’est jamais deux jours pareil; il change au rythme des saisons et au fil des heures», glisse avec douceur celle qui s’est battue pour la renaissance du monument.
Arrivée en 1991 à La Sarraz après une vie active dans l’Ouest lausannois, la nonagénaire s’est vite prise d’affection pour le joli bourg, avec ses 2500 habitants et son identité géographique qui peut paraître floue – le village est situé à l’extrémité nord du district de Morges, à la lisière du Gros-de-Vaud et du Jura-Nord vaudois.
Comme pour affirmer cet attachement au «milieu du monde», l’ancienne politicienne de 92 ans a choisi de lui dédier un livre qu’elle a verni fin décembre dernier. En 71 chapitres, elle revient sur les jalons de l’histoire de son village d’adoption; de la construction de la tour autour de laquelle allait se développer la civilisation sarrazine, en 1049, à l’occupation de la colline du Mormont par les zadistes en 2020. «J’ai été tellement occupée toute ma vie que je ne me serais pas vue simplement ne rien faire», justifie celle qui a déjà deux ouvrages à son actif. Durant trois ans, elle épluche aussi bien les archives cantonales que communales. «Malheureusement, une bonne partie de celles de La Sarraz ont brûlé lors de la révolte des Bourla-Papey (ndlr: les «brûle-papiers» en patois vaudois), soulèvement campagnard survenu en 1802.» Elle récolte également les témoignages de bourgeois, de commerçants et de sociétés locales.
«La Sarra» sans Z
Au fil de ses recherches, Annette Schneider passe notamment en revue des dizaines de procès-verbaux pour déterminer à quelle époque un «Z» a été ajouté à la fin de «La Sarra». «Il faut attendre la première moitié du XIXe siècle, conclut-elle. Dans la région, on remarque d’ailleurs que bon nombre de communes suivent cette étymologie: Saubraz, Mauraz, Penthalaz…»
Quant à l’origine du mot, elle vient du latin serare, qui signifie «serré» ou «fortifié». Et pour cause, en 1049, une tour fortifiée est bâtie par Adalbert de Grandson, seigneur qui eut «l’idée de construire un fortin sur le rocher qui domine le défilé des voyageurs allant d’Italie en France, route du sel et des armées».
Une gouvernante
L’auteure se plaît à conter des anecdotes, telles que l’histoire de Marie-Lucie Ortiz, dite Marika, née en 1872 à Éclépens et dont le destin s’est retrouvé intimement lié à celui d’une richissime famille américaine. La famille de Henry Clay Frick, magnat du fer établi à New York mais originaire d’Argovie et dont la fille cadette, traumatisée par un drame familial, file du mauvais coton. Lors d’un dîner chez une famille du Caire, l’industriel repère leur gouvernante Marika et décide de l’engager comme préceptrice en 1896.
«Très vite, elle comprend les enjeux de la souffrance de cette enfant et gagne sa confiance, raconte Annette Schneider. Fort appréciée par les parents, elle fera partie de la famille Frick et participera à toutes les invitations et voyages. En témoignage de sa gratitude, Frick lui fit construire une maison de maître à La Sarraz, sur la route de Ferreyres.»
Havre de paix
Il n’est guère surprenant que le chapitre concernant Hélène de Mandrot (1867-1948) soit l’un des plus longs du livre. En effet, la dernière châtelaine de La Sarraz fit rayonner le bourg comme personne. Issue d’une famille patricienne de Genève, elle crée la Maison des Artistes de La Sarraz en 1922.
Ce lieu foisonnant accueille de jeunes artistes romands et des intellectuels pour de courts séjours. «Hélène de Mandrot possédait un esprit original ouvert au progrès et à l’inédit», raconte Annette Schneider. Des conférences, des congrès et des expositions sont aussi organisés. «Durant la Seconde Guerre mondiale, le château est un havre de paix, où l’on pratique croquet et tennis et où l’on s’adonne à la peinture.»
Le dernier fermier
Marc Jaccard n’aura jamais connu Hélène de Mandrot, vu qu’il reprend les rênes de la ferme du château en 1963. Là où durant quinze ans l’agriculteur a vécu avec sa famille sera aménagé en 1978 le Musée du cheval.
«Tout au long de son contrat, ce pur paysan conserve le respect des traditions, décrit l’historienne. C’est ainsi que durant une période de six mois, il tient à ce que chaque tête de bétail sortant dans les prés soit munie de sa cloche. Il exige aussi que le tas de fumier à proximité de la route principale soit bien “rangé”, en somme une carte de visite. Il n’est pas question de livrer la traite du lait avec le tracteur ou la voiture; il appartient en général aux enfants de pousser à la force des bras la remorque réservée à cet effet.»
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