Il met tous les artistes en lumière

Olivier Olmo à sa poursuite au sommet de la tour technique de la grande scène. Photo: Rempe
Depuis presque trente ans, Olivier Olmo fait partie de l’équipe des poursuiteurs du festival. Lumière sur celui qui a pour mission de rester dans l’ombre.
ZZ Top, Iggy Pop, Zucchero, Patricia Kaas, Patrick Bruel, Manu Chao, Ray Charles, Kiss, Sting… tous ces immenses noms de la musique ont un point commun: ils ont compté Olivier Olmo dans leur équipe le temps d’un soir. «Dit comme ça, ça fait classe, sourit le principal concerné. Mais je ne suis pas du genre à me faire mousser avec ça.»
Le Morgien est en effet poursuiteur pour le Paléo Festival depuis 1995. «Notre boulot, c’est de gérer les poursuites, ces gros projecteurs qui illuminent les artistes sur la scène», explique-t-il. Son quartier général se trouve dans la tour technique en face de la grande scène. C’est là que les régisseurs préparent les shows. Olivier Olmo nous embarque pour une petite visite.
Le meilleur spot
Au premier étage, on gère une partie du son et la captation des images qui seront diffusées sur les écrans de la grande scène. «Paléo propose un matériel de base, que ce soit au niveau du son ou des lumières, et les artistes peuvent greffer des éléments en plus. Pour Kiss par exemple, c’étaient plusieurs camions de matos supplémentaire», indique le chef des poursuiteurs.
Le deuxième étage est celui des régisseurs des groupes ou artistes qui se produisent. Un peu à l’image d’un pianiste, ce sont eux qui lancent les lumières, les effets, en bref qui orchestrent le spectacle. «Ils ont une console qui leur permet de simuler les effets. Ils peuvent donc tout préparer en amont du concert. Et quand ça commence, ils n’ont “plus qu’à” appuyer sur les boutons pour allumer les bons projecteurs au bon moment et envoyer les effets.»
C’est à ce moment-là qu’Olivier et ses collègues entrent en scène, au troisième et dernier étage de la tour. «On peut être trois maximum, chacun à sa poursuite, décrit-il. Nous avons un casque et le régisseur nous donne les indications.» En l’écoutant, on ne peut s’empêcher de jeter un œil à la grande scène qui nous fait face. «C’est impressionnant hein? C’est le meilleur spot du festival», affirme notre interlocuteur. Difficile de lui donner tort.
Concentration
Les poursuites impressionnent de par leur taille et leur puissance. «C’est du 4000 Watts et il faut être quatre pour en porter une», détaille Olivier Olmo. Particularité originale à relever en 2022, tout est manuel. «Sur Véga (ndlr: la deuxième plus grande scène du festival), c’est automatisé. Mais j’aime bien cette notion de devoir gérer nous-mêmes.»
Olivier Olmo le reconnaît, son rôle n’est pas le plus fatigant sur le site de l’Asse. Pour la simple et bonne raison que certains artistes ont déjà leur poursuiteur. «On fait partie du pack de base offert par Paléo, explique-t-il. Mais si le chanteur a sa propre équipe, on se contente de regarder. On en apprend beaucoup comme ça.»
Chaque jour, les poursuiteurs se réunissent afin de se répartir les concerts (ndlr: seules la grande scène et Véga possèdent des poursuites, cinq au total), puis prennent leur poste. Du coup, il arrive que parfois, il n’y ait pas grand-chose à faire. «On met en lumière Mik (ndlr: Clavet, le présentateur québécois de la grande scène) lorsqu’il annonce les artistes et on reste sur place au cas où on aurait besoin de nous.»
Au fait, parvient-on à profiter du concert lorsqu’on en fait partie intégrante? «Oui quand même, sourit le poursuiteur. Mais ça demande énormément de concentration. Suivant quel show, on se retrouve complètement vidé une fois la dernière note jouée.»
Souvenirs
Après 26 éditions du festival et plus de 200 concerts, celui qui est ingénieur en micro technique dans le médical s’est constitué de nombreux souvenirs. «Lors de ma première, je ne savais même pas ce qu’était une poursuite. Mais c’était Ray Charles, raconte-t-il. Ce n’était pas trop compliqué, il ne bougeait pas beaucoup. Mais le lendemain, j’ai dû faire MC Solaar. Et là, ça allait à 100 à l’heure dans tous les sens, j’étais à la ramasse, en retard. C’était la honte. Le contraste entre ces deux concerts me restera longtemps.»
Autre anecdote savoureuse, le jour où il s’est fait taper sur les doigts par Patricia Kaas. «Elle était assise sur le bord de la scène et s’est levée d’un coup. Donc forcément, j’ai eu un temps de retard. Elle l’a évidemment remarqué et a transmis à son régisseur qui m’a bien remis à l’ordre.»
Nous sommes vraiment privilégiés de pouvoir vivre ce genre de moments. On peut parfois aussi rencontrer les artistes
Olivier Olmo, chef des poursuiteurs du Paléo Festival
Un de ses souvenirs les plus forts restera le concert de Dionysos. «Le chanteur a été porté par le public jusqu’à notre tour. Puis il est monté dessus presque jusqu’à notre hauteur avant de retourner sur scène, toujours soulevé par les festivaliers. C’était extraordinaire. Ce genre de moments te marquent.»
Ce type d’histoire, Olivier Olmo en a encore un tas, comme le jour où le régisseur de Renaud a renversé une bouteille sur sa console ou quand, lors d’un concert de Ben Harper, il a pris la liberté d’éclairer uniquement la main grattant sa guitare, pour un effet «magique». Il retient aussi particulièrement le concert de Lamb, un groupe anglais qui ne souhaitait pas spécialement de poursuiteur. «J’avais insisté pour y aller, se souvient-il des étoiles dans les yeux. On m’a laissé prendre ma place tout en haut du chapiteau à l’époque. J’avais pu faire comme je voulais et vu que je connaissais quasiment toutes les musiques je me suis éclaté!»
Une chance dont le Morgien né à Saint-Prex a toute conscience. «Nous sommes vraiment des privilégiés de pouvoir vivre ce genre de moments, assure celui qui gère l’équipe des poursuiteurs depuis 2003. On a aussi des accès aux backstages où l’on peut parfois rencontrer les artistes, c’est génial.»
Pas question pour autant d’aller leur taper sur l’épaule en mentionnant que c’est lui qui les a mis en lumière durant leur concert. À l’image de sa fonction, Olivier Olmo préfère rester dans l’ombre.
Un rôle particulier
Si les poursuiteurs de Paléo ne sont pas professionnels et sont formés sur le tas, ce ne sont pas les seuls. «Ça fait peur au régisseur, mais parfois ce sont les chauffeurs des camions du groupe ou de l’artiste qui font les poursuiteurs, détaille Olivier Olmo. Cela s’explique par le fait qu’il y a certains endroits où le personnel comme nous n’est pas gratuit. Alors vu que les chauffeurs sont déjà payés, eux, et bien ils endossent une deuxième casquette. Mais c’est surtout en Angleterre que l’on voit ça.» Selon le Morgien, ce métier ne disparaîtra pas, malgré les évolutions technologiques importantes. «Il faudra toujours mettre l’artiste en lumière lorsqu’il se déplace et sort de la zone couverte par les spots de la scène. La technique s’améliorera sans doute, mais le poursuiteur restera.»
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