L’année 2021 en 26 lettres (K à O) – journaldemorges L'année 2021 en 26 lettres (K à O)

L’année 2021 en 26 lettres (K à O)

L’année 2021 en 26 lettres (K à O)

L’abécédaire de 2021 par toute l’équipe du Journal de Morges, des journalistes aux correspondants, des responsables de la publicité aux photographes, du dessinateur au directeur…

Klaxon par Lucas Philippoz, journaliste

Même si vous ne suivez pas assidument l’actualité footballistique, il y a fort à parier que vous gardez tout de même l’un ou l’autre souvenir du désormais légendaire affrontement France-Suisse de cet été, à l’Euro 2020. Et pour le coup, il y a l’embarras du choix!

À commencer par l’ouverture du score par le mal-aimé Seferovic, synonyme d’espoir. Puis le doublé glaçant de Karim Benzema en deux minutes, suivi du coup de canon en pleine lucarne de Paul Pogba. Ou encore le but égalisateur de Mario Gavranovic à la 90e et évidemment, l’arrêt de Yann Sommer sur le penalty du jeune prodige Kylian Mbappé. Autant d’images qui resteront gravées à jamais dans l’esprit de nombreux supporters de la Nati, et sans doute même de nombreux Suisses de manière générale.

 

Ce qui m’a le plus marqué, dans cette folle soirée, ce sont les célébrations qui s’en sont suivies. (…) Ce soir-là, chaque coup de klaxon, chaque décibel gratuit, chaque dizaine de mètres parcourue dans les embouteillages en valait la peine.

Dans le mien aussi, c’est certain. Mais ce qui m’a le plus marqué, dans cette folle soirée, ce sont les célébrations qui s’en sont suivies. Pour la première fois, j’ai sauté dans une voiture avec quatre amis et nous sommes allés klaxonner dans la rue. Réflexe complètement absurde, soit dit en passant. Et pas très helvético-suisse, à en croire le cliché largement répandu selon lequel nous n’aimerions pas déranger et être bruyants et qui, comme tous les stéréotypes, repose sans doute sur une certaine part de vérité. Qu’importe. Ce soir-là, chaque coup de klaxon, chaque décibel gratuit, chaque dizaine de mètres parcourue dans les embouteillages en valait la peine. Je n’avais jamais vu autant de gens dans la rue en train de hurler, de chanter, de sourire et se prendre dans les bras sans même se connaître. Oui, nous étions en train de polluer comme des imbéciles, de beugler sans raison pragmatique, de «faire un usage excessif de l’avertisseur sonore», selon les mots du Code de la route. Mais durant ces quelques minutes, nous étions on ne peut plus vivants.

 

Durant ces quelques minutes, nous étions on ne peut plus vivants.

 

Je dis quelques minutes, car le naturel est revenu au galop. Très vite, le cortège s’est dispersé, les drapeaux ont été rangés et chacun est rentré chez soi. Du moins à Neuchâtel, où je me trouvais ce soir-là. Ailleurs en Suisse romande, comme à Genève ou à Lausanne, certains ont fait la fête jusqu’au bout de la nuit. Je l’ai constaté depuis mon lit, en «scrollant» sur les réseaux sociaux avec un irrépressible sourire. Vingt-deux gaillards qui courent sur une pelouse, c’est futile sur le papier. Et les milliards dépensés par des organisations aux pratiques douteuses sont choquants et absurdes. Et pourtant, c’est plus fort que moi. Ce soir-là, la magie du ballon rond a opéré, une fois de plus. Au cœur d’une pandémie qui nous a épuisés et divisés, j’ai éprouvé un profond sentiment de plénitude et d’unité.

Livre sur les quais par Blaise Hofmann, chroniqueur

Quel est le point commun entre Mohamed Mbougar Sarr, Amélie Nothomb et Christine Angot? Il y a quelques semaines, le premier a reçu le Prix Goncourt, la seconde, le Prix Renaudot, et la dernière, le Prix Médicis; et puis, tous trois se promenaient dans les rues de Morges début septembre.

Ajoutons à ce trio les membres des jurys du Goncourt et du Renaudot, l’incontournable Eric-Emmanuel Schmitt et l’insortable Frédéric Beigbeder, également présents lors du dernier Livre sur les quais.

Plus proches de nous, on pouvait croiser les «régionaux de l’étape», la poétesse Laurence Verrey, le truculent Jon Fergusson, l’infatigable Salvatore Gervasi. Chez les Suisses, en plus des ténors de la nouvelle vague du polar – Voltenauer, Voïta, Feuz – et des valeurs sûres – Safonoff, Barilier, Layaz – il y avait mes deux coups de cœur helvétiques de cet automne: Salomé Kiner et sa «Grande couronne», Raluca Antonescu et son «Inflorescence».

Si vous n’étiez pas las, vous pouviez encore causer Covid avec l’académicien Jean-Christophe Rufin («L’Histoire, c’est des guerres, des épidémies, des famines… on l’avait oublié»), le philosophe André Comte-Sponville («Laissez-nous mourir comme nous voulons!») ou la controversée Leïla Slimani, qui publiait son journal de confinement depuis sa belle résidence secondaire en Normandie… Et pourquoi pas avec Patrick Deville, l’auteur de «Peste & Choléra», la biographie du Morgien qui donna son nom – Yersinia pestis – à une autre pandémie, et qui, pour en avoir découvert le bacille, n’eut que les honneurs de la toute petite rue Docteur-Yersin…

 

L’édition 2021 fut peut-être modeste, mais si belle, conviviale, à taille humaine.

 

L’édition 2021 fut peut-être modeste, mais si belle, conviviale, à taille humaine. J’en profite pour remercier ici tous ceux (et surtout toutes celles!) qui n’ont pas voulu entendre parler d’annulation, tout simplement parce que – comme le disait l’affiche – la littérature est un bien «essentiel». Après l’édition du masque en 2020, il y a eu l’édition du certificat cette année, qu’importe, ce fut les deux premières grandes manifestations à Morges depuis le début de la pandémie.

Morges par Marie-Christine Guerra, responsable publicité

C’est la ville où j’ai mes racines, mes amis et elle est celle de mon quotidien.Comment ne pas parler de Morges quand on travaille au Journal de Morges? La ville qui en 1950 comptait 6456 habitants en compte environ 10 000 de plus aujourd’hui c’est dire que les gens aiment venir s’y installer.

Chaque jour, pour mes activités professionnelles, arpenter les rues de cette ville à taille humaine est un plaisir sans cesse renouvelé. Les gens se saluent et les échanges sont chaleureux. Les jours de marché, la ville s’anime et s’affiche haute en couleur et en saveurs avec, notamment, la présence des maraîchers qui viennent vendre leurs produits, fruit d’un dur labeur et qui ont plaisir à conseiller les clients.

 

Arpenter les rues de cette ville à taille humaine est un plaisir sans cesse renouvelé.

 

De beaux échanges également avec nos commerçants avec lesquels on partage une petite «batoillée» sur leur pas de porte et s’enquiert du même coup de leurs préoccupations et du développement de leurs affaires.

À la belle saison, les rues de La Coquette nous offrent une ambiance du Sud avec leurs multiples terrasses toutes plus attractives les unes que les autres, sans oublier le personnel qui par un petit mot, apporte cette touche de convivialité tant appréciée.

Les activités commerciales ou artisanales qui ont pignon sur rue sont l’âme du lieu et certaines sont présentent depuis bien des années. Les commerces membres bénéficient de l’appui et de l’écoute de la «Coordination des commerçants» qui œuvre sans relâche pour mettre sur pied différentes manifestations, animations et décorations de la ville en partenariat avec la commune pour la rendre toujours plus attractive.

Pour vous en convaincre, faites comme moi, arpentez les rues et découvrez les lumières de la magie des Fêtes.

Naissance par Philippe Morax, chroniqueur

S’il y a une chose que je retiens de 2021, c’est que nous avons une capacité incroyable à trouver des ressources ou des solutions, et à ne pas nous résigner, même (et surtout) dans les situations de crise les plus importantes.

 

Nous avons une capacité incroyable à trouver des ressources ou des solutions, et à ne pas nous résigner, même (et surtout) dans les situations de crise les plus importantes.

 

Cette année, malgré la crise sanitaire omniprésente, j’ai assisté à plusieurs renaissances. Celle du Paillote Festival en est un exemple éloquent. Après l’annulation de l’édition 2020, le Comité de l’Association s’est réuni pour proposer des solutions qui permettaient de maintenir ce rendez-vous très important pour la culture et la région sous une forme nouvelle, et la 13e édition (chiffre porte-bonheur) du Festival a eu lieu en septembre. Non seulement les mesures sanitaires ont permis aux visiteurs de participer en toute sécurité, mais le festival s’est étendu sur toute la «partie lac» du Parc de l’Indépendance afin d’offrir un espace plus large pour le confort des festivaliers (distance sociale oblige). Je suis très fier de ma ville d’origine, de sa communauté et de ses bénévoles grâce à qui nous avons pu nous retrouver et partager des moments conviviaux, bien nécessaires en 2021.

En parallèle, inspiré par cet élan de projets audacieux nés pendant le confinement, j’ai également vécu une renaissance sur un plan plus professionnel cette année, puisque je me suis lancé dans une aventure de taille en lançant le premier média HD de Suisse «M» (mlaradio.ch) après quelques années passées au micro de LFM.

Je souhaite que nous puissions continuer à exprimer le positif de toutes les situations qui nous attendent en 2022. Bonne année à tous les habitants de Morges et de son district!

Ode à l’ignorance par Benoît Cornut, journaliste

En voilà une drôle d’invitation, penseront bon nombre d’entre vous à bout de souffle au terme de cette dernière année. Et ce n’est pas en me lisant vous parler d’un décès que vous allez sombrer dans un excès d’optimisme. Encore que!

Disparu en septembre dernier, Bebel fait partie de ceux qui laissent une trace indélébile après leur départ. Il faut dire que Le Professionnel nous laisse héritiers d’un impressionnant patrimoine, avec huitante films dont de très nombreux chefs-d’œuvre.

 

Bebel fait partie de ceux qui laissent une trace indélébile après leur départ.

 

Plus que ses rôles, je retiens le magnifique homme qu’il était. Là où le succès qu’il a rencontré aurait fait perdre pied à plus d’un, lui a toujours su cultiver l’insouciance et l’autodérision.

Peut-être son départ n’est pas totalement le fruit du hasard, à une période où faire preuve de légèreté est devenu un exercice exigeant. Bebel en a-t-il eu marre? Ou a-t-il souhaité nous inspirer une ultime fois? Je penche plutôt pour cette deuxième option.

Bombardés d’informations de tous bords, nous ne pouvons que difficilement nous couper des plus sombres facettes de notre humanité désormais. Révélations de harcèlement sexuel de la part de l’incorrigible idole d’hier aux tribulations des Ouïghours en Chine, en passant par les misérables victimes des constructions de stades de foot qataris… Positiver peut sembler être la mer à boire, je vous l’accorde. Mais plus que de parvenir à trier les infos utiles de celles dont on peut se passer, ne s’agit-il pas d’accepter son ignorance?

 

Le mal du siècle, du moins de ces dernières années, me semble être la formidable aptitude de notre espèce à croire en ses certitudes.

 

Le mal du siècle, du moins de ces dernières années, me semble être la formidable aptitude de notre espèce à croire en ses certitudes. Encouragé par des formules algorithmiques qui l’enferment dans ses positions et modélisent ses goûts, le cerveau humain fonce dans une dangereuse impasse.

Mark Forsyth est de ceux qui prônent la direction inverse: il faut laisser entrer l’inconnu dans la maison. Dans son ouvrage «Incognita Incognita ou le plaisir de trouver ce qu’on ne cherchait pas», l’écrivain anglais part en croisade contre la prévisibilité et nous invite à accepter le hasard et l’ignorance. Cultiver une attitude d’ignorance nous rend disponibles à l’inconnu et nous offre la possibilité d’apprendre à le connaître, nous dit-il.

Né dans les années 90 mais ayant grandi avant l’arrivée de Netflix, je me demande souvent si en arrivant au monde dix ans plus tard, je me serais rendu disponible au cinéma français du siècle dernier. Aurais-je appris à connaître Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort et autres Bernard Blier, ces modèles sans qui je me sentirais comme un singe en hiver? Habituellement très peu porté sur les résolutions de nouvelle année, je m’engage à en tenir une pour 2022: cultiver cette ignorance, et m’intéresser chaque semaine à quelque chose qui a priori ne me captive pas. Et vous?

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