Une entière passion pour les poissons

Une entière passion pour les poissons

Frédéric Clerc (au centre) entouré de ses fils Nicolas, 31 ans (à gauche) et Jérémie, 29 ans (à droite), représentant la cinquième génération de pêcheurs dans la famille. Photo: Rempe

Impossible de parler des professions lacustres sans mentionner les pêcheurs. Des passionnés qui ne comptent pas leurs heures. Reportage sur le lac à l’aube.

L’horloge de la voiture indique faiblement 4h30, elle aussi semble avoir de la peine à se réveiller en ce lundi matin. Pourtant, Nicolas Clerc et son papa Frédéric sont déjà sur le pont, parés à lever l’ancre. «On n’est pas des surhommes, on se dope au café comme tout le monde», rigole Nicolas. Nous voici rassurés. Alors que père et fils préparent les caisses et filets nécessaires à leur matinée, ils sont rejoints par Jérémie, le cadet. «Ils représentent la cinquième génération de pêcheurs dans la famille, raconte Frédéric. C’est un véritable plaisir de voir la tradition se perpétuer et ce métier continuer à les passionner.»
La nuit est encore noire lorsque l’embarcation quitte le ponton de la cabane familiale à Prangins. Car si les Clerc vivent à Allaman et y possèdent également un quartier général pour leur récolte, la localité du district de Nyon compte plusieurs avantages. «Il y a beaucoup moins de pêcheurs dans le coin, explique Nicolas. On est tranquilles. Et puis cet endroit nous offre aussi la chance de pouvoir diversifier les produits.

Nouveautés

Féras, ombles, perches, écrevisses, truites, autant d’espèces aquatiques qui n’ont pas de secrets pour les Clerc, tenant à cette pluralité. «Si on ne faisait que de la perche, comme c’est le cas à Genève par exemple, je ne pourrais pas, assure Jérémie. C’est plaisant de pêcher des produits différents, d’expérimenter des choses variées, on ne s’ennuie jamais.»
Ce jour-là, ils inaugurent d’ailleurs une nouvelle machine pour les aider à lever les filets. «Si ça ne marche pas, ça sera à toi de les remonter à la main!», lance Nicolas à son frère tout sourire. Premier test avec les filets à truite. Plus d’un kilomètre a été posé la veille. Malheureusement pas le moindre poisson ne s’est laissé prendre. «Tout ça pour ça, oui, mais c’est le jeu, détaille le fils aîné. Et puis, une fois on en sort une de dix kilos et on est content.»

Chou blanc donc, mais la journée ne fait que débuter. Il est 6h30 et, à la magnifique lueur du lever de soleil, les trois pêcheurs se dirigent vers leurs filets à féras. Croisant au passage l’une des premières navettes de la CGN et quelques rares collègues. «Il n’y a pas vraiment de règles sur l’endroit où faire des prises, affirme Nicolas. Le lac est grand et on n’a pas de “territoire” attribué. C’est un peu premier arrivé, premier servi, mais toujours dans la bonne humeur et le respect du travail des autres.»

Grâce à la balise GPS accrochée à un drapeau, on retrouve sans problème le premier des huit filets à féras. Et pas besoin d’attendre très longtemps pour voir les cageots se remplir. «Il y a encore quelques semaines, on sortait pour deux poissons, se souvient Jérémie. Mais là ça repart et ça fait plaisir de pouvoir rentrer avec cette quantité.»
Sur la matinée, ce sont quelque 40 kilos de féras qui ont été levés. Une pêche que les Clerc qualifient de «bonne».

Une matinée de pêche

5h - Les deux frères Clerc sont ravis de compter sur une nouvelle machine pour les aider à relever leurs filets.
5h - Les deux frères Clerc sont ravis de compter sur une nouvelle machine pour les aider à relever leurs filets.
5h45 - Après plus d'un kilomètre de filets à truite relevés, pas un seul poisson.
5h45 - Après plus d'un kilomètre de filets à truite relevés, pas un seul poisson. "Mais c'était un test pour de nouveaux filets et la machine", relativise Nicolas.
6h30 - Du côté des féras, la pêche est plutôt bonne.
6h30 - Du côté des féras, la pêche est plutôt bonne.
Jérémie Clerc récupère les poissons qui se sont laissés prendre au piège.
Jérémie Clerc récupère les poissons qui se sont laissés prendre au piège.
7h30 - Huit filets pour un total d'un kilomètre. Les Clerc auront pêché quelque 40 kilos de féras.
7h30 - Huit filets pour un total d'un kilomètre. Les Clerc auront pêché quelque 40 kilos de féras.
8h - Premier retour sur la terre ferme pour décharger la première cargaison et repartir relever les cage à écrevisses.
8h - Premier retour sur la terre ferme pour décharger la première cargaison et repartir relever les cage à écrevisses.
9h - Pendant que son père et son frère repartent sur le lac, Jérémie se charge de vider et d'écailler les féras pêchés en début de matinée. Ils seront ensuite livrés à différents partenaires.
9h - Pendant que son père et son frère repartent sur le lac, Jérémie se charge de vider et d'écailler les féras pêchés en début de matinée. Ils seront ensuite livrés à différents partenaires.

Problématiques

Les trois hommes l’assurent: le métier va bien et il a de l’avenir. Le poisson prospère, la demande des consommateurs ne faiblit pas et la majorité des voyants sont au vert. La majorité seulement, car une certaine concurrence pose des problèmes aux Clerc et à leurs collègues du lac. «On a pas mal de soucis avec les cormorans, détaille Jérémie. Ils mangent énormément et sont de plus en plus nombreux. Ils viennent se servir directement dans nos filets et font pas mal de dégâts.»

Une idée serait de faire comme on faisait avec les cygnes à une époque et de contrôler le nombre dès le nid. Mais ça n’est pas autorisé pour le moment

Frédéric Clerc, pêcheur

Et son papa de compléter: «Il y a des vols impressionnants durant les migrations, au printemps et en automne. L’été c’est plus tranquille, mais il y en a toujours une partie qui reste là.»
Et il ne semble pas y avoir de solution toute prête pour cette problématique. «Une idée serait de faire comme on faisait avec les cygnes à une époque et de contrôler le nombre dès le nid. Mais ça n’est pas autorisé pour le moment, regrette Frédéric Clerc. C’est un peu la même problématique que les agriculteurs rencontrent avec les sangliers.» Et son fils de le couper: «Sauf qu’eux sont régulés. C’est une vraie difficulté lorsqu’on veut pêcher des écrevisses par exemple, poursuit-il. On utilise des carcasses de féras dans nos paniers pour les attirer. Mais les cormorans les mangent, du coup les écrevisses ne viennent plus.»

Un souci que les professionnels du lac espèrent voir se régler en discutant avec les autorités. «Le dialogue est bon et les gardes-faune sont très attentifs, assure Frédéric Clerc. On verra comment la situation se développe, mais c’est la nature finalement, il faut faire avec.»

De retour sur la terre ferme, vers 8h, Jérémie se hâte de vider et écailler les prises du jour pendant que son frère et son papa repartent pour aller récupérer les paniers à écrevisses. «Une partie de ces féras sera livrée via le site VitaVerDura, avec qui nous travaillons, explique Jérémie. Le reste ira à des restaurateurs ou pour des préparations, comme des mousses, que nous vendons ensuite dans des marchés de la région.»
Une fois les poissons préparés et livrés, il sera alors temps, en fin de journée, d’aller placer les filets pour le lendemain. En espérant toujours que la pêche soit bonne.

Un métier «d’expérience»

Ils sont environ 150 pêcheurs professionnels à «se partager» les 72,3 km de long et 13,8 km de large du Léman, Suisses et Français confondus. Dans ce métier, on n’obtient pas de CFC, mais un permis. «C’est un peu particulier dans le milieu, explique Jérémie Clerc. Il faut faire minimum six mois chez un pêcheur professionnel en tant qu’“apprenti” ou “assistant” et après ça, réussir une épreuve théorique et pratique sur deux jours. Il n’y a d’ailleurs pas d’examen chaque année, ça dépend du nombre de permis à repourvoir, on peut donc rester apprenti plusieurs années. Pour ma part, j’ai été formé à plusieurs endroits, ce qui est idéal, car on acquiert un savoir-faire varié. Comme il n’y a pas de cours théorique, on apprend uniquement de l’expérience du pêcheur qui nous emploie.»

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