Le point de vue de la rédaction: Les traditions sont-elles vouées à évoluer?
De g. à d.: Maxime Rutschmann, Sarah Rempe, Maxime Schwarb et Lucas Philippoz
Chaque année à l’approche de Noël, certaines traditions sont remises en cause. Faut-il les modifier? Les supprimer? Ne surtout rien toucher? La rédaction donne son avis sur la question.
Et puis quoi? Renommer Noël?
Évidemment que la société évolue et nous avec. Seulement, tant que les traditions nous réunissent, pourquoi les changer? Cette année du côté de Fribourg, la Grève féministe a dénoncé une blackface (visage noir en anglais et pratique de grimage qui a pour effet de caricaturer et de stigmatiser les personnes noires) du Père Fouettard accusant les organisateurs de la Fête de la Saint-Nicolas – pourtant une institution dans le Canton – de racisme. C’est le genre de cas poussé à l’extrême que je ne cautionne pas. Car pour faire perdurer les traditions, encore faut-il les comprendre.
Assimiler le noir du Père Fouettard – qui représente la suie et le charbon, des symboles médiévaux de pénitence – à un aspect colonial (selon la Grève féministe, il passerait pour le serviteur de Saint-Nicolas, opposant le noir au blanc), c’est se tromper de message. De la même manière, vouloir supprimer les crèches ou les fêtes de Noël dans les écoles me semble incohérent. Dans un pays aux racines chrétiennes, je ne vois pas le problème de faire perdurer les traditions d’une fête… chrétienne justement! Que l’on soit croyant ou non, à l’origine, Noël (natalis dies en latin, soit «jour de la naissance») c’est la naissance de Jésus, rien d’incohérent à y mettre des crèches. Ou peut-être faudrait-il renommer Noël?
Évoluer pour rester en vie
Les traditions occupent une place rassurante dans nos sociétés. Elles créent des repères, donnent le sentiment d’une continuité entre les générations. Pourtant, penser qu’elles doivent rester immuables est une illusion. Les traditions sont, par nature, vouées à évoluer. Une tradition n’est pas une simple répétition du passé: c’est une transmission. Or, transmettre ne signifie pas reproduire à l’identique. Chaque époque s’approprie les pratiques héritées et les adapte à ses valeurs, à ses besoins, à ses réalités. Refuser toute évolution revient à transformer la tradition en objet figé, vidé de sens.
Ce qui ne change pas finit par ne plus parler à personne. On le constate dans la vie quotidienne: les fêtes familiales, les cérémonies religieuses ou encore les rites sociaux se transforment. Les formes évoluent, mais le fond demeure. Le besoin de se rassembler, de célébrer ou de marquer des étapes importantes reste intact. Alors la façon dont on fête… Les traditions qui entretiennent l’exclusion ou l’injustice ne peuvent survivre indéfiniment au nom du passé. En revanche, les traditions qui acceptent le changement gagnent en vitalité. Ainsi, préserver une tradition, ce n’est pas la figer, mais lui permettre de rester vivante.
Il faut les interroger avec la tête froide
J’avoue avoir eu de la peine à me forger un avis sur cette question; jusqu’ici, je me l’étais vraisemblablement peu posée. Peut-être parce que par essence, les traditions relèvent du rituel, de l’usuel, et donc de ce que l’on a tendance à moins interroger. Or on voit bien combien le débat est brûlant.En témoignent les crèches de la commune de Val-de-Travers (NE), qui viennent de défrayer la chronique après la fuite d’une note interne de… 2022 dont l’objectif n’était que d’harmoniser les célébrations, selon l’Exécutif pressé de se justifier par les vives réactions d’une partie de la population.
Il faut questionner, tant dans notre sphère privée que sur la place publique, ces habitudes qui font soi-disant écho à notre identité. Lesquelles sont-elles, d’ailleurs? Les chants devant le sapin, le foie gras et la messe de minuit ne sont pas à mettre sur un pied d’égalité, et les menaces qui les guettent peut-être moins imminentes que ce qu’une frange de l’échiquier politique affirme. On marche ici sur des œufs, moi le premier, mais le dialogue doit primer et le “on a toujours fait ainsi”, n’est jamais une justification suffisante.
Un outil pour se préserver
À l’approche des Fêtes – peut-être davantage encore qu’à d’autres périodes de l’année – le poids des traditions se fait sentir. Chaque famille a les siennes, ancestrales, transmises, dont on ne sait parfois même plus d’où elles viennent. Je prends pour exemple la mienne qui, année après année, s’acharne, durant Noël, à installer sur un (vrai) sapin de (vraies) bougies; sans craindre une seconde que l’arbre asséché ne parte en fumée. Et avec lui le salon.
Chaque famille a ses traditions. Celles qui accompagnent ce mois de décembre – crèches, guirlandes, foie gras, bougies de l’Avent, Père Noël et j’en passe – ne datent pas d’hier, certes. Elles semblent inscrites dans la postérité, elles paraissent appartenir à notre histoire commune, celle d’une société tout entière. Mais elles ont été construites, décrites, racontées, n’est-ce pas. Elles ne sortent pas de nulle part. Si je poussais le vice, je dirais qu’elles nous ont été imposées. À nous de faire en sorte de nous les approprier, de les modifier au gré de nos envies, de nos valeurs. Si elles peuvent nous rassurer, les traditions doivent vivre avec leur époque. Elles n’en seront que plus authentiques!
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