La belle saga d’un domaine familial

La belle saga d’un domaine familial

Hubert de Bouärd (au centre) a fortement contribué à la notoriété acquise par le Château Angélus depuis 30 ans. La relève est assurée avec Stéphanie de Bouärd-Rivoal et Thierry Grenié de Bouärd. Photo: DR

Si bon nombre de châteaux de Bordeaux ont été rachetés par des banques ou des assurances, celui d’Angélus a la particularité d’avoir toujours été entre les mains d’une seule famille.

Angélus. Voilà qui sonne bien. Et pour cause! Ce célèbre château de Saint-Émilion tire son nom d’une prière catholique datant du XVe siècle. À l’époque, les gens s’arrêtaient de travailler pour prier au son des carillons qui rythmaient le quotidien en sonnant trois fois par jour (7h, 12h et 19h). Lorsque les cloches des deux églises et de la chapelle situées à proximité de la propriété viticole se mettaient en branle, l’écho se faisait entendre au château, au point d’en devenir l’emblème. Le nom était ainsi tout trouvé!

Si aujourd’hui l’angélus ne sonne plus que dans de rares lieux religieux, le carillon qui a pris place sur la propriété continue pour sa part de tinter, faisant perdurer cette histoire. Il est d’ailleurs en mesure de jouer toute une série d’hymnes nationaux à l’occasion de la réception d’invités!
Ce lien religieux a même été amplifié à l’occasion des importants travaux de rénovation qui ont été entrepris entre 2012 et 2014. Le hall d’entrée, avec sa forme de coque de bateau renversée, a ainsi pris des airs d’église.

Huit générations

Parmi les tout grands noms des Châteaux de Bordeaux, rares sont ceux qui peuvent revendiquer d’être encore une propriété familiale. C’est pourtant le cas d’Angélus. Depuis 1782, soit huit générations, la famille de Boüard de Laforest est aux manettes. Et la relève semble assurée avec la présence de Thierry Grenié de Boüard (31 ans) et Stéphanie de Boüard-Rivoal (36 ans), désormais à la tête de l’entreprise. «Nous sommes au service du passé de notre famille, de notre présent, mais aussi, et surtout, au service du futur des générations qui deviendront à leur tour dépositaires de cette histoire. Il nous appartient de les préparer à la tâche qui les attend afin qu’elles la remplissent de la meilleure manière», explique celle qui est directrice.

Mais si le Château Angélus fait aujourd’hui partie des très grands Bordeaux, ça n’a pas toujours été le cas. Il doit sa progression fulgurante à l’arrivée en 1987 d’Hubert de Boüard de Laforest, œnologue diplômé de l’Université de Bordeaux. Ce dernier va véritablement révolutionner le domaine, l’agrandissant (42 hectares aujourd’hui) et menant une véritable recherche de l’excellence en y appliquant des techniques innovantes. Le vin y devient alors un produit de haute couture: les barriques, changées chaque année pour n’utiliser que du bois neuf, sont par exemple adaptées à chaque parcelle selon leurs caractéristiques.
Le Graal sera atteint en 2012 quand le château accède au pinacle des vins de Saint-Émilion en décrochant la mention suprême de premier cru classé «A». Un titre qu’ils ne sont que quatre à porter: Ausone, Cheval Blanc, Pavie et donc Angélus.

Haute couture

Comme de nombreux grands domaines bordelais, Angélus est actuellement en reconversion bio après s’être mis à l’agriculture raisonnée depuis plusieurs années. «Ce n’est pas un choix de facilité, estime-t-on au château. Il s’agit d’un vrai défi, car nous avons plus à y perdre qu’à y gagner.»
Le premier vin – celui qui coûte «bonbon» (le flacon est vendu autour de 400 francs dans les commerces) – est produit à 100 000 bouteilles (27 hectares y sont dédiés). Malgré son prix, il se commercialise très bien puisque l’intégralité est vendue en primeurs.

Composé d’environ 60% de Merlot et 40% de Cabernet franc, le cru est vinifié séparément (18 à 22 mois de barrique), l’assemblage n’ayant lieu qu’à la mise en bouteille. L’assemblage, justement, fait partie des traditions à Bordeaux. «C’est comme en cuisine, chaque cépage apporte sa caractéristique et permet d’avoir un vin complexe», explique-t-on en cave.
Avec des ambitions (et des moyens) élevées, l’angélus n’a pas fini de résonner. Et bien au-delà des frontières, 2/3 de la production étant écoulée hors de l’Europe.

Avec James Bond

Pour conquérir ou renforcer une notoriété, plusieurs châteaux – notamment de Bordeaux – apparaissent dans des films. On peut par exemple citer Yquem, Cheval Blanc, Latour, Mouton-Rothschild, Lafite-Rothschild, Haut-Brion ou encore Margaux. C’est aussi le cas du Château Angelus qui, depuis une vingtaine d’années, a participé à une soixantaine de tournages au cinéma, dont deux James Bond. Il y a eu «Casino Royale» en 2006 et, plus récemment, «Spectre» (2015). Dans ce film, une bouteille d’Angélus 2005 figure dans une scène se déroulant à bord d’un train avec James Bond (Daniel Craig) et Madeleine Swann (Léa Seydoux).

Angelus en images...

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