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Plongée dans les prises du Léman


Emilie Wyss 
À l’aube sur leur bateau, les pêcheurs s’activent pour nous offrir leurs meilleures prises.

À 04h30 en cette fin du mois d’août, le moteur de la barque de pêche est l’unique bruit des alentours. La nuit est encore noire, seule la lune éclaire le milieu du lac Léman, où Alain Schmid démarre la première étape de sa journée: placer les filets des perches qu’il viendra récupérer quelques heures plus tard, entre 8h et 9h. «J’ai déjà posé ceux des féras hier soir, on ira les relever dans quelques minutes, précise le pêcheur professionnel. Les perches il faut s’en occuper le matin, car l’eau est chaude durant cette période et le poisson ne tiendrait pas toutes ces heures sinon.» 

Une fois l’installation prête, nous partons un peu plus loin, à la recherche des féras, dont les filets dérivants sont équipés d’une balise GPS. Au loin, Alain Schmid repère les lumières de quelques collègues et la première navette de la CGN qui vogue en direction de Thonon. Et parmi eux, une petite lueur blanche nous indique le bout des filets. «J’en ai posé huit hier soir, ajoute-t-il. Ils font 20m de haut et 120m de long chacun, bout à bout cela fait presque 1km de pêche.» 

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Sur place, il commence à remonter les poissons. Principalement des féras, même si quelques ombles chevaliers s’y sont aussi glissés. «Une année normale, je récupère entre 50 et 80kg de féra, explique celui qui vend depuis plus de 10 ans ses prises au marché de Morges. Cette année, il est arrivé que je ne ramasse que 10 pièces. Au début on a accusé le manque de planctons (ndlr: sorte de petites crevettes, nourriture de l’espèce), puis la canicule. Mais je crois qu’il faut juste dire que c’est une mauvaise année.» 

Perches en vogue

En conséquence, Alain Schmid n’a pas pu faire énormément de livraisons, et s’est principalement contenté de la vente directe: soit sur les marchés de Morges et Bussigny, soit à sa pêcherie à Saint-Sulpice. Les petites perches sont néanmoins assez présentes cette année, même si la pêche de cette espèce est toujours irrégulière en été. Comment donc expliquer que les restaurateurs du coin proposent parfois des perches d’Estonie? «La demande est tellement grande que nous ne pouvons pas suivre. Il faudrait ramasser des quantités énormes pour pouvoir y répondre. Et les clients n’aident pas non plus, car même s’ils voient que le produit n’est pas du Léman, ils en commandent quand même», relate l’habitant de la Chaux, qui est aussi apiculteur à ses heures perdues et s’occupe d’une quinzaine de moutons. 

À la question de savoir s’il y a des saisons de pêche, il répond par l’affirmative. Les salmonidés (féra, truite, omble) ont une période de protection (ndlr: durant laquelle la pêche de l’espèce en question est interdite) de mi-octobre à mi-janvier et les perches durant le mois de mai. Et en hiver, Alain Schmid brave le froid pour récupérer lotte et écrevisses quand la saison des féras est terminée.  Pas trop dur? «Les températures basses ne me gênent pas. Par contre le vent, c’est plutôt embêtant. Et entre-saisons, on a vite froid ou chaud. C’est difficile de savoir comment s’habiller.» 

Une passion

Si aujourd’hui il ne peut pas s’imaginer travailler dans un autre domaine, Alain Schmid avait pourtant tout d’abord décroché un CFC de paysagiste. «Personne dans ma famille n’était dans le métier. C’était difficile pour moi de savoir ce qui était possible, si on pouvait en vivre», souligne-t-il. Sitôt un diplôme cantonal de pêcheur professionnel en poche, l’amoureux des eaux a rapidement dû choisir entre son premier job et sa passion. La décision n’a pas vraiment été compliquée. 

Car ce métier est bel et bien une vocation pour celui qui est tombé dans la marmite lacustre étant petit. «Je suis un enragé de pêche depuis que je suis gamin.  Et puis, il faut dire que mon bureau est plutôt bien dégagé», développe-t-il en montrant le magnifique lever de soleil qui nous accompagne jusqu’au port. Un peu avant 7h30, les premières prises sont sur terre. 

Il peut ainsi aller aider son employé à apprêter les poissons, avant de retourner relever les perches quelques heures plus tard. Même si son après-midi est à priori libre – et lui donne l’occasion de passer des instants privilégiés avec ses deux garçons – le pêcheur doit toutefois revenir en fin de journée poser les filets dérivants qu’il récupérera tôt le lendemain. 

Finalement, Alain Schmid parcourt régulièrement sa portion de lac le samedi matin avant ou pendant le marché. «Il faut bien que j’aille relever des poissons si je veux pouvoir en vendre!», conclut-il.

 

Edition N° 40
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