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Dossier adoption

L’enfant adopté, cet incroyable survivant

Raphaël Cand 30.11.2018 16:56

Tous les enfants du monde sont uniques. Mais ceux adoptés le sont encore davantage, selon la psychothérapeute québécoise Johanne Lemieux. Cette spécialiste de l’adoption reconnue mondialement explique qu’ils ont «des options supplémentaires».

-  Pourquoi un enfant adopté est-il «différent» d’un enfant élevé par ses parents biologiques?

- Il n’est pas foncièrement différent. Comme j’aime à le citer, les parents qui adoptent n’accueillent ni un nénuphar ni un martien. Ce qui rend sa vie différente, c’est son histoire. Pendant longtemps, on a cru qu’un bébé était un simple tube digestif qui ne se souvenait de rien tant qu’il ne parlait pas. Mais la recherche de ces quinze dernières années prouve à quel point le cerveau d’un tout petit enfant a une capacité d’enregistrement. 

-  Qu’a-t-il enregistré?

- Notamment les épreuves, traumatismes et négligences multiples qu’il a vécus. Certes, il y a toujours des exceptions, des enfants particulièrement résilients qui sont nés en parfaite santé et ont été recueillis très vite par une famille bien préparée. Mais dans la plupart des cas, les adoptés sont d’incroyables survivants. Ils ont sans doute résisté à une grossesse difficile durant laquelle leur mère n’a, par exemple, pas eu de quoi manger à sa faim ou a été soumise à un stress important. Les conditions d’accouchement peuvent également avoir été compliquées et on sait que 40% des enfants présentés à l’adoption sont nés prématurés ou avec un faible poids. Ils sont ensuite séparés de leur mère et placés. À l’orphelinat, ils tombent facilement malades à cause des phénomènes de contagion. Malgré leur bonne volonté, les nourrices qui y travaillent n’ont pas les moyens de s’occuper exclusivement d’un bébé et de répondre à toutes ses attentes. Il n’y a par conséquent bien souvent aucun lien d’attachement qui se crée entre lui et le donneur de soin. 

-  Ce lien particulier a-t-il de l’importance?

- Évidemment. C’est le lien affectif profond qu’établit le nourrisson avec le principal fournisseur de soin, sa mère en parentalité biologique. Il se tisse dans la réponse à la détresse. Le bébé exprime des besoins comme avoir faim, soif, froid, mal, être triste ou s’ennuyer. Si le donneur de soin ne répond pas correctement aux signaux de détresse, ce n’est pas de la confiance qui s’installe entre lui et l’enfant, mais de la méfiance. 

-  Quelles en sont les conséquences?

- Les adoptés ont tous au départ des défis d’attachement. Ils ont vécu plusieurs ruptures, avec leur mère, puis avec un ou plusieurs adultes dans des familles d’accueil ou des orphelinats. Le parent adoptant est donc souvent le 4e ou 5e donneur de soin à se présenter devant l’enfant. Ce dernier ne va pas se dire: «Il m’a l’air bien sympathique ce Suisse, je vais lui faire confiance et me sentir immédiatement en sécurité à ses côtés.» L’adopté a appris à se méfier des adultes, car il les a vus s’en aller un par un. 

-  Comment les couples doivent-ils dès lors s’y prendre pour créer cet attachement?

- Il faut tout d’abord mettre l’amour de côté. Car l’attachement n’est pas l’amour. L’objectif du parent est que l’adopté se sente en sécurité. Qu’il se dise: «Je suis important et précieux. Cet adulte est bienveillant envers moi. Il me protège même de Godzilla. Je peux lui faire confiance.» Pour cela, il doit répondre aux besoins fondamentaux de l’enfant. Lui donner à manger, à boire, le consoler ou le protéger du stress.

-  Il ne suffit donc pas de donner de l’amour à un bébé pour qu’il s’attache?

- Non, ceci est un mythe.

-  Quelles autres caractéristiques générales partagent les enfants adoptés?

- Ils éprouvent une crainte de l’abandon et du rejet. Ou ont peur de décevoir, car ils pensent ne pas avoir été à la hauteur et que c’est pour cette raison que leur mère biologique ne les a pas gardés. Les adoptés souffrent également d’un grand vide intérieur. Il manque des pièces du puzzle de leur histoire. Ils ne savent, par exemple, peut-être pas s’ils ont des frères et sœurs. Pour résumer, ils ont des options supplémentaires avec lesquelles ils doivent composer. Il est important que les adoptants en soient conscients et célèbrent ces particularités. Il ne faut pas voir ça comme une tare, mais plutôt une réalité. Leur compétence en tant que parent ne sera pas d’effacer le passé. Leur rôle est d’apprendre à l’enfant à bien vivre avec et à ne pas avoir honte de qui il est.

-  Si je vous suis bien, il ne faut pas cacher à un adopté ses origines.

- Apprendre que l’on a été adopté à 15 ou 30 ans fait l’effet d’une bombe atomique. Je conseille donc, dès le premier soir que l’on partage avec l’enfant, de lui raconter son histoire. Je suggère aussi aux parents d’écrire un conte dont il est le héros. De temps en temps, ils lui lisent ce récit intitulé par exemple Le petit tsar sans château ou La princesse des Andes. Ce dernier est rangé dans sa bibliothèque, entre Asterix et Tintin.  

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-  Parlez-nous de la boîte à racines.

- On y met tout ce qui appartient au vécu préadoption de l’enfant. Les papiers, qu’ils soient écrits en russe ou chinois, ainsi que des souvenirs comme un bracelet qu’il portait. À chaque fois qu’il pose une question ou que l’on souhaite dire quelque chose à l’enfant sur son histoire, on ouvre la boîte avec lui. À 4 ans, il voudra voir les petits objets qui lui appartenaient, à 10 ans, son certificat de naissance et à 18 ans, l’évaluation psychologique de ses parents. Cette boîte reste à sa disposition dans sa chambre et permet de lui offrir des petits morceaux de son existence.

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