District

L’Eldorado du sucre au pied du Jura?

Sarah Rempe 01.12.2017 08:12

Cette fin d’année 2017 aurait pu mal tourner pour les producteurs betteraviers du Pied du Jura. En effet, les transports de la région Morges - Bière - Cossonay ont récemment mis un terme à leur collaboration avec les agriculteurs du coin pour l’acheminement des betteraves. La fin d’une grande tradition régionale qui découle d’une certaine logique. «Le canton a investi plusieurs millions de francs afin que nous puissions instaurer la cadence à la demi-heure aux heures de pointe, explique François Gatabin, directeur des MBC. Lorsque l’on convoie les betteraves, il faut prévoir des bus de remplacement pour les voyageurs. Une alternative que le canton finançait jusqu’à maintenant, mais il a décidé d’arrêter et de donner la facture aux agriculteurs. C’était impossible, car trop coûteux.» Un décret que le directeur des transports régionaux regrette: «C’est une décision qui a été difficile à prendre, admet-il. Elle ne fait plaisir à personne, mais nous avions chacun nos contraintes et elles n’étaient pas compatibles.»

Christian Croisier, producteur de Ballens, s’est lancé dans la betterave il y a douze ans et peut témoigner de nombreuses années de travail aux abords du chemin de fer des MBC. «À l’époque, on chargeait dans toutes les gares. Le BAM transporte les betteraves depuis toujours. Avec un wagon par jour, ça demandait du boulot, il fallait nettoyer le quai, c’était compliqué.» 

Puis des rampes de chargement voient le jour dans certaines stations et c’est le début d’un long processus de développement qui prend fin aujourd’hui. «Depuis 20 à 30 ans, on remarque une évolution, poursuit Christian Croisier. On chargeait d’abord dans les stations des villages, ensuite on a dû se diriger vers les rampes, puis on a commencé à passer avec la souris (ndlr: la machine qui charge les betteraves) dans les champs, car on ne voulait plus de nous dans les gares à cause de l’augmentation des voyageurs, des écoliers et des bus notamment.» Une exclusion qui a son avantage pour les agriculteurs: «C’est pratique, car, une fois que les betteraves étaient posées au bord des voies, le train s’arrêtait à côté et on chargeait directement. Plus besoin de s’embêter avec le transport.»

Paradoxe régional 

C’en est donc fini des imposants convois betteraviers le long du tracé ferroviaire des MBC. Camions et tracteurs prendront le relais dès l’automne 2018. Un paradoxe lorsque l’on voit que la région ne cesse de produire davantage de betteraves. «Cette année, nous aurons plus de wagons que l’an dernier, assure Christian Croisier. Il faut savoir que depuis deux ans, il est plus facile d’obtenir des contingents qu’à l’époque. La faute à un marché national en difficulté (lire ci-dessous). Du coup, des producteurs qui n’avaient jamais fait de betteraves en font cinq ou six hectares.» Et cela pourrait bien continuer, comme l’explique Pierre-Alain Epars, président des betteraviers pour la région Venoge-La Côte et agriculteur à Penthalaz: «Le pied du Jura est une région propice, spécialement sur la zone desservie par les MBC, ce sont un peu les champions suisses de la betterave. Ce qui signifie qu’il y a peut-être moins de tonnes à l’hectare, mais le taux de sucre est plus intéressant qu’ailleurs.»

Vers le beau? 

Dès lors, l’arrêt du transport par les MBC pourrait bien créer de nouvelles vocations. «Certains agriculteurs du coin ne se sont jamais lancés dans la betterave, car ils n’étaient pas sur la ligne du BAM, explique Christian Croisier. Ils devaient aller jusqu’à Cossonay, ce qui les dissuadait. Maintenant que le système va changer, ils vont tenter le coup. C’est une belle opportunité pour la région.» Mais le producteur de tempérer tout de même: «Il faudra veiller à rester raisonnable, il ne faut pas que ça explose. On ne peut pas convertir 50% de nos domaines en betteraves. Il y a des maladies et ça peut être risqué. C’est ce qui est arrivé aux agriculteurs autour des sucreries en suisse allemande.»

Mais on est actuellement loin de ce problème dans le district. «Je crois qu’on peut parler de période faste pour la betterave ici, relève encore le Ballensard. Pour vous donner une idée du ratio, avec 17,5% de sucre, les betteraves sont au prix normal. Si on est au-dessus, on touche des suppléments. En dessous, on est déduit. Dans la région, nous sommes aux alentours de 20%.» De bons résultats qui n’échappent pas au principal concerné. «La sucrerie d’Aarberg réalise que nous lui fournissons un excellent produit, assure Christian Croisier. Elle nous encourage donc à poursuivre dans cette direction.»

Une région aux aires d’Eldorado du sucre qui pourrait ôter une belle épine du pied aux deux sucreries nationale. Le district a une carte à jouer. De là à devenir la référence sucrière du pays? L’avenir nous le dira!

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