«La valeur sûre, c’est la générosité»

Philippe Dubath 27.12.2017 11:12

-  Comment va le philosophe, écrivain et conférencier, père de famille aussi, vingt ans grosso modo après son premier livre, «L’éloge de la faiblesse»? 

- Au fond du fond, tout va bien, et nous avons tous infiniment le temps de progresser, quelles que soient les circonstances extérieures, le décor en somme où il s’agit de construire notre liberté. Comme chacun, il s’agit d’apprendre à accepter d’être balloté à des degrés divers sans se perdre. J’ai traversé une zone de turbulences en rentrant de Corée du Sud et la voici traversée.  En préparant une conférence sur Spinoza, j’ai réalisé il y a peu que le philosophe hollandais était mort à 44 ans. J’en ai 42, tout juste. Cela m’a fait beaucoup réfléchir... À quoi bon se faire du mouron pour rien? Qu’est-ce que l’essentiel? Pour l’heure, je poursuis avec joie et grâce à une immense solidarité les trois vocations que me donne l’existence, celle de père de famille, celle d’écrivain et celle de personne handicapée. Trois vocations dans lesquelles je puise de la joie au quotidien.  

-  C’est la période des Fêtes, comment est-ce que vous l’abordez spirituellement? Quel sens à Noël pour vous?

- Les Fêtes, c’est d’abord l’occasion de ralentir, de prendre un peu plus de temps, de revenir à l’essentiel et d’approfondir les liens que nous nouons tout au long de l’année. Noël commémore la nativité du Christ. Maître Eckhart parle de la naissance de Dieu en soi: que désirons-nous voir naître en notre intériorité? Que doit-on laisser mourir de sa belle mort pour continuer le chemin sans les pesants bagages, sans les fardeaux de nos blessures? J’aime que se construisent des ponts entre les religions. À mes yeux, l’essentiel c’est de descendre au fond du fond, de prendre abri dans l’intériorité pour apprendre à construire la joie et la paix tous ensemble. 

-  La quête de la joie et du bonheur est-elle plus difficile aujourd’hui que jadis? 

- Gardons-nous d’idéaliser le passé. Jadis, on pouvait claquer d’une maladie qu’aujourd’hui on guérit en quelques jours. Cependant, un individualisme effréné, des injonctions à consommer, une pression sociale, la dictature du «on» et une solitude provoquée peut-être par les réseaux sociaux eux-mêmes, nous acculent à une grande difficulté: comment trouver de la joie et de la paix dans ce monde? Dès lors, peuvent apparaître les marchands de bonheur. Mais il n’y a aucune recette, aucun mode d’emploi. À mon sens, la valeur sûre, c’est de se mettre au boulot, se lancer dans une ascèse intérieure, frayer son chemin, pratiquer la générosité, avancer, se donner à l’autre sans pourquoi. Les traditions spirituelles donnent une direction magnifique. 

-  Que pourriez-vous, vous qui êtes perçu comme un sage, dire à des jeunes gens de notre temps en plein questionnement face à leur avenir? 

- D’abord, soyons clairs: je ne suis absolument pas un sage. Il suffit de me voir vivre trois minutes pour s’en convaincre définitivement. Dans la zone de turbulences que j’ai traversée en rentrant de Corée, due au fait que désormais, je n’avais plus de maître et qu’il fallait, en somme, se débrouiller seul et trouver à demeure les réponses, les outils d’un progrès, une phrase m’a beaucoup aidé, elle m’a porté tout au long de l’année. C’est celle de Nietzsche dans «Ainsi parlait Zarathustra»: «Il faut encore porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse». Belle invitation à ne pas considérer nos blessures comme des poids, comme des terrains minés, mais oser en faire des lieux précisément de naissance et de vie. 

-  Si Jésus naissait aujourd’hui, comment imagineriez-vous ses parents, leur vie?  

- Jésus et sa famille ont été complètement exclus. Aucun lieu n’a su les abriter. Et nous aujourd’hui sommes-nous dans l’accueil? Comment considérons-nous l’autre, les êtres différents, les marginaux comme on dit, les laissés-pour-compte? Et ceux qui ne nous reviennent pas? Je pense que les paroles révolutionnaires, puissamment innovatrices du Christ, seraient sans doute hélas étouffées dans le chaos sans étoile qui peut ensevelir la vie sociale, perdues dans le tourbillon de la «vie moderne». Mais peut-être y aurait-il des âmes, des cœurs audacieux pour accueillir cette famille comme les autres! 

-  Dans cette Europe bouleversée par bien des problèmes, quels progrès doit faire l’homme pour que les choses s’adoucissent?

- Certains ont vécu le déclin des religions comme le haut lieu d’un affranchissement intérieur. Comme si les contraintes cessaient de peser et qu’enfin apparaisse une liberté souveraine, celle de l’individu. Très bien. Cependant, il me semble que le message des religions agit comme une boussole, une invitation à se dépasser, à se donner à l’autre. Ma plus grande crainte, c’est que la société, et la société c’est nous aussi, sombre dans un individualisme toujours plus effréné, dans un cynisme qui instrumentalise l’autre. Comment vivre ensemble sans certaines valeurs? Non des valeurs imposées du dehors, mais comprises et souhaitées au fond du fond, des valeurs comme la solidarité, la curiosité et le soin de l’autre, le courage de s’engager contre l’injustice... En somme le gros défi pour adoucir les choses serait de pratiquer chacun une solidarité, une générosité sans faille. 

-  La famille Jollien est revenue de Corée il n’y a pas longtemps, moins de deux ans. Est-elle réadaptée à la vie ici, ou est-elle sur le point de repartir? 

- La famille Jollien va super bien et on remercie le ciel chaque jour. La vie, le quotidien, c’est s’adapter minute après minute, millimètre par millimètre. Le voyage en Corée nous a tant appris, le retour en Suisse aussi. L’essentiel est de se mettre dans une dynamique, d’oser un chemin de progrès, de libération quotidienne. Nous sommes bien à Lausanne et sans fixer notre âme sur quoi que ce soit, nous comptons continuer le chemin ici et maintenant. 

-  Jean d’Ormesson et Johnny, deux grandes figures populaires, viennent de disparaître. Comment les perceviez-vous, et comment avez-vous ressenti l’immense ferveur populaire autour du chanteur?

- Quand je regardais en boucle les infos sur l’enterrement de Johnny, mon fils Augustin m’a dit: «Pourquoi on parle autant de lui et on ne dit rien des autres chanteurs? Pourquoi il faut être connu pour qu’on parle de nous? Alors qu’il y a des morts tous les jours qu’on oublie?» Sa sagacité m’a beaucoup touché. Avec le déclin des religions, l’homme a encore besoin de modèles, d’idoles vers qui lever les yeux. Cependant, je crois qu’il s’agit de tourner le regard vers l’intériorité et prendre pour références les héros du quotidien, des êtres qui ne sont pas forcément dans la lumière. Jean d’Ormesson et Johnny, en tirant leur révérence, nous rappellent que nous aussi nous allons un jour claquer. J’ai un peu honte à le dire, mais bien que le mouvement populaire m’a immensément touché, je n’ai pas été ébranlé outre mesure par la disparition du rocker. Quant à d’Ormesson son espièglerie, son amour de la langue m’ont toujours réjoui.  

-  Noël, le sapin et les décorations, cela vous concerne-t-il?

- Chaque année, c’est le délicat dilemme éthique: faut-il sacrifier un sapin pour la joie des enfants ou faut-il se plier à un impératif moral et laisser le sapin en sa belle forêt? Le problème n’est pas encore résolu, on hésite. Pour nous, l’essentiel est que Noël soit un temps de repos, de ralentissement, un pas vers l’essentiel. Les cadeaux, c’est toute l’année. Noël est cette heureuse pause avant le début de l’année où nous pouvons toutes et tous envisager l’année écoulée pour nous délester de ce qui ne nous est pas essentiel et avancer plus librement. 

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